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    Mingalazedi : le temple des trois vertus au cœur de Bagan

    Mingalazedi : le temple des trois vertus au cœur de Bagan Image

    Sur la plaine immense de Bagan, où quelque deux mille temples émergent de la poussière rouge comme autant de sentinelles de pierre, la pagode Mingalazedi occupe une place à part. Ni la plus grande, ni la plus célèbre aux yeux du tourisme de masse, elle reste pourtant l'une des constructions les plus abouties de l'empire Pagan, et la dernière grande pagode érigée avant l'effondrement de ce royaume. Son nom, en birman, se traduit par "pagode des trois joyaux" ou "pagode de la bénédiction", une référence directe aux Trois Joyaux du bouddhisme : le Bouddha, le Dharma (l'enseignement) et la Sangha (la communauté des pratiquants).

    ⭐ À retenir

    • Mingalazedi est une pagode Théravâda construite entre 1268 et 1274, sous le règne de Narathihapate.
    • Elle se situe sur la rive ouest de l'Irrawaddy, dans la zone archéologique de Bagan (Myanmar).
    • Son plan pyramidal à trois terrasses et ses carreaux de Jataka vernissés en font un exemple unique de l'architecture Pagan tardive.
    • La pagode est un lieu de culte actif : code vestimentaire obligatoire, chaussures retirées avant l'entrée.
    • La zone archéologique de Bagan est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2019.

    Bagan, l'empire Pagan et la dernière grande pagode d'un royaume

    Pour comprendre Mingalazedi, il faut replacer sa construction dans le contexte historique très particulier qui la vit naître. L'empire Pagan, fondé au IXe siècle sur les rives de l'Irrawaddy, avait atteint son apogée au XIe siècle sous le règne d'Anawrahta, qui unifia la région et adopta officiellement le bouddhisme Théravâda comme religion d'État. Pendant deux siècles, les rois de Pagan firent ériger des centaines de temples, de pagodes et de monastères, transformant la plaine en un paysage sans équivalent en Asie du Sud-Est.

    C'est dans ce contexte de fin de règne que Mingalazedi voit le jour. Elle est commandée par Narathihapate, roi de Pagan de 1254 à 1287, un souverain dont la réputation historique est ambivalente : reconnu comme bâtisseur et promoteur du bouddhisme, il est aussi celui sous le règne duquel l'empire capitula face aux Mongols de Kubilaï Khan. La construction de Mingalazedi s'achève vers 1274, soit quelques années seulement avant que les premières incursions mongoles ne mettent fin à la grande époque de Bagan.

    💡 Le savais-tu ?

    Une inscription lapidaire retrouvée à Bagan rapporte que la construction de Mingalazedi coûta une quantité de riz si considérable qu'elle aurait pu nourrir tout le royaume pendant plusieurs années. Cette notation, loin d'être anecdotique, témoigne du poids économique et symbolique que représentait l'édification d'une grande pagode pour un roi birman du XIIIe siècle.

    Localisation et accès sur la plaine de Bagan

    Mingalazedi se trouve dans la zone archéologique de Bagan, dans la région de Mandalay, au centre du Myanmar. Plus précisément, elle est implantée dans le secteur dit de "Vieux Bagan" (Old Bagan), non loin de la rive droite de l'Irrawaddy, à environ deux kilomètres au sud du Thatbyinnyu et à une distance similaire de l'Ananda, les deux monuments les plus visités du site. Les coordonnées GPS couramment relevées placent la pagode aux alentours de 21°10' N, 94°51' E.

    L'accès se fait depuis Nyaung-U, la ville principale à l'entrée du site archéologique, à une trentaine de kilomètres de Mandalay par avion (aéroport de Nyaung-U). Sur place, le vélo électrique, la calèche et le tuk-tuk sont les modes de transport habituels pour rejoindre Mingalazedi depuis le centre de Bagan. La pagode est repérable depuis plusieurs autres monuments en raison de la hauteur de sa flèche.

    Vue d'ensemble de la stupa pyramidale de Mingalazedi et ses trois terrasses carrées sur la plaine de Bagan
    La silhouette pyramidale de Mingalazedi domine encore la plaine, inchangée depuis le règne de Narathihapate.

    Architecture : la grammaire d'une pagode Pagan tardive

    Mingalazedi appartient à la grande famille des stupa-pagodes pyramidales, un type architectural caractéristique de la période Pagan. Son plan est carré, organisé en trois terrasses superposées qui s'élèvent progressivement vers une stupa cylindrique couronnée d'une hti (le parasol métallique doré qui surmonte les pagodes birmanes). L'ensemble atteint environ 46 mètres de hauteur, ce qui en fait l'une des pagodes les plus imposantes de la plaine.

    Chaque terrasse est accessible par un escalier central, orienté selon les quatre points cardinaux. Aux quatre angles de la stupa principale, quatre stupa secondaires de taille réduite encadrent le monument, conformément à la symbolique cosmologique bouddhiste qui voit dans cette disposition une représentation du Mont Meru, axis mundi de la cosmologie indienne et buddhique. Les murs de briques cuites sont enduits d'un mortier à base de thanakha (pâte de bois aromatique), technique caractéristique des bâtisseurs Pagan.

    Carreaux de faïence vernissée ornant les terrasses de la pagode Mingalazedi, représentant des scènes des Jataka
    Les carreaux de Jataka de Mingalazedi comptent parmi les mieux préservés de toute la plaine de Bagan.

    Ce qui distingue visuellement Mingalazedi des autres pagodes de Bagan, c'est la qualité et la relative bonne conservation de ses carreaux de faïence vernissée. Les trois terrasses étaient à l'origine entièrement revêtues de plaques en céramique émaillée illustrant des scènes des Jataka, les cinq cent cinquante récits des vies antérieures du Bouddha tels qu'ils sont compilés dans le Khuddaka Nikaya (partie du Sutta Pitaka, canon pali du Théravâda). Chaque carreau, d'environ trente centimètres de côté, porte une inscription en pali identifiant la scène représentée. Ces inscriptions font de Mingalazedi une source primaire précieuse pour les chercheurs en art et en philologie bouddhistes.

    Symbolique et tradition Théravâda

    Le bouddhisme pratiqué à Bagan, et donc à Mingalazedi, est le Théravâda, l'une des plus anciennes écoles du bouddhisme encore pratiquée aujourd'hui. Le Théravâda ("la voie des anciens") s'appuie sur le canon pali et met en avant l'idéal de l'arhat, le pratiquant qui atteint l'éveil par sa propre pratique. Cette tradition est aujourd'hui majoritaire au Myanmar, en Thaïlande, au Sri Lanka, au Cambodge et au Laos.

    Dans cette tradition, la construction d'une pagode (ou stupa) est un acte de mérite (en pali : puñña). En édifiant Mingalazedi, Narathihapate accomplit un geste qui, selon la croyance bouddhiste, accumule du mérite pour lui-même et pour le peuple, favorisant les renaissances favorables. La pagode n'est pas seulement un monument : c'est un champ de mérite collectif, accessible à tous ceux qui viennent y prier, y méditer ou y faire des offrandes.

    "Quiconque construira une pagode, même de la taille d'un grain de poussière, obtiendra un mérite incommensurable."

    Tradition orale bouddhiste birmane, fréquemment citée dans les inscriptions de Bagan.

    Les quatre stupa secondaires aux angles représentent, selon l'interprétation bouddhiste Théravâda, les quatre moments clés de la vie du Bouddha historique (Siddhartha Gautama) : la naissance, l'Éveil (Bodhi), le premier sermon et le parinirvana. Cette symbolique quadripartite est récurrente dans l'architecture sacrée de toute l'Asie du Sud-Est.

    Les Jataka : un programme iconographique exceptionnel

    Aspect Mingalazedi Ananda (comparaison)
    Période de construction 1268-1274 (Pagan tardif) Vers 1105 (Pagan classique)
    Type architectural Stupa pyramidale à terrasses Temple-sanctuaire (gu)
    Carreaux de Jataka Faïence vernissée, très nombreux Plaques en terre cuite non vernissée
    Statues principales Bouddha aux quatre points cardinaux Quatre grands Bouddha debout
    Tradition Théravâda Théravâda

    Les carreaux de Jataka qui ornent Mingalazedi constituent l'un des ensembles iconographiques les plus complets et les mieux conservés de toute la zone archéologique de Bagan. Ils couvrent un large spectre des 550 récits canoniques, illustrant les vies antérieures du Bouddha sous forme animale, humaine ou divine. Parmi les scènes les plus représentées figurent le Jataka du cerf d'or, le Jataka du singe roi et, naturellement, le Vesantara Jataka, considéré dans la tradition Théravâda comme la vie antérieure la plus importante car elle précède immédiatement l'Éveil.

    Plusieurs carreaux ont malheureusement été emportés lors de pillages aux XIXe et XXe siècles, ou endommagés par le séisme de 2016 qui toucha sévèrement la plaine de Bagan. Des travaux de restauration ont été entrepris par le gouvernement birman, parfois au prix de controverses avec l'UNESCO sur les méthodes employées (usage de béton plutôt que de mortier traditionnel). La pagode demeure toutefois en grande partie authentique dans sa structure.

    Pèlerin gravissant pieds nus les marches de briques rouges d'un temple de Bagan
    Retirer ses chaussures avant de monter les terrasses est un geste de respect fondamental dans tout lieu de culte birman.

    Mingalazedi dans le pèlerinage birman

    Pour les bouddhistes birmans, la visite de Mingalazedi s'inscrit dans un circuit de pèlerinage plus large sur la plaine de Bagan. Le site n'est pas seulement un patrimoine historique ou touristique : c'est un lieu de culte vivant, fréquenté quotidiennement par des fidèles qui viennent déposer des fleurs de lotus, des bâtonnets d'encens et des offrandes de nourriture devant les images du Bouddha abritées dans les niches des terrasses. Le soir venu, la pagode est souvent éclairée et les familles birmanes s'y retrouvent pour des prières collectives, notamment lors des grandes fêtes bouddhistes comme Thingyan (le Nouvel An birman) ou Thadingyut (la fête des lumières marquant la fin du Vassa, la retraite des moines).

    À l'échelle internationale, Mingalazedi attire des pèlerins et des voyageurs de toute l'Asie du Sud-Est et, depuis l'inscription de Bagan au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2019, d'un public bien plus large. Son statut de "dernière grande pagode de l'empire Pagan" lui confère une dimension symbolique forte : elle matérialise à la fois l'apogée d'une civilisation et le seuil de son déclin.

    🗂️ Voir la collection

    Accessoires de Méditation

    Pour prolonger l'esprit d'un lieu comme Mingalazedi, des accessoires adaptés à la pratique méditative Théravâda et tibétaine.

    44 références

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    Préparer sa visite : horaires, code vestimentaire et photographie

    La zone archéologique de Bagan est accessible moyennant un droit d'entrée forfaitaire (Archaeological Zone Fee) valable plusieurs jours, acquitté à l'entrée du site ou à l'aéroport de Nyaung-U. Ce billet couvre l'ensemble des monuments de la plaine, dont Mingalazedi. Il est conseillé de se renseigner auprès des autorités locales sur les tarifs en vigueur, car ils sont révisés périodiquement.

    Mingalazedi est accessible tous les jours, du lever au coucher du soleil. Les horaires les plus appréciés sont le début de matinée (avant 9h) pour la lumière rasante sur les carreaux de Jataka et la relative fraîcheur, et la fin d'après-midi pour profiter du coucher de soleil depuis les terrasses supérieures. L'accès aux terrasses est autorisé, ce qui est devenu rare sur la plaine de Bagan où de nombreux monuments ont été fermés à la montée pour des raisons de préservation.

    • Code vestimentaire : épaules et genoux couverts pour tous, hommes et femmes. Des sarongs sont parfois proposés à l'entrée si l'on n'est pas équipé.
    • Chaussures : obligatoirement retirées avant de monter les escaliers. Prévoyez des chaussettes légères ou des sandales faciles à enlever, la brique peut être brûlante en pleine journée.
    • Photographie : autorisée à usage personnel. Il est demandé de ne pas photographier les pratiquants en prière sans leur accord explicite. Les drones sont réglementés sur l'ensemble du site de Bagan et nécessitent une autorisation spécifique des autorités birmanes.
    • Comportement dans l'enceinte : le silence et la sobriété sont de mise. Les discussions animées et les selfies au pied des statues de culte sont considérés comme irrespectueux par les fidèles.

    ⚠️ Attention

    La situation politique au Myanmar est instable depuis le coup d'État militaire de février 2021. Avant tout voyage, consultez les recommandations officielles de votre ministère des Affaires étrangères. Certaines zones du pays peuvent être déconseillées ou inaccessibles aux ressortissants étrangers.

    Bagan, l'UNESCO et la question de la restauration

    L'inscription de la zone archéologique de Bagan au patrimoine mondial de l'UNESCO, obtenue en 2019 après des décennies de discussions, a mis en lumière une tension récurrente : comment restaurer des monuments vivants, encore utilisés comme lieux de culte, tout en respectant les critères internationaux d'authenticité ? Mingalazedi illustre cette problématique. Après le séisme de magnitude 6,8 qui frappa la région en août 2016 et endommagea des centaines de monuments, des travaux d'urgence furent entrepris. Certaines interventions, notamment l'utilisation de ciment Portland sur des structures en brique ancienne, furent critiquées par des experts internationaux.

    Depuis l'inscription UNESCO, un dialogue plus structuré est en cours entre les autorités du patrimoine birman et les experts internationaux pour harmoniser les pratiques de restauration. Mingalazedi bénéficie d'un suivi particulier en raison de la fragilité de ses carreaux de faïence. Pour le visiteur, cela se traduit par des zones parfois délimitées au pied des terrasses et des échafaudages ponctuels qui n'entament en rien la majesté de l'ensemble.

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    Mala Tibétain

    Le mala, chapelet de méditation utilisé dans toutes les traditions bouddhistes, est le compagnon naturel d'un pèlerinage comme celui de Bagan.

    57 références

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    Questions fréquentes

    Que signifie le nom "Mingalazedi" ?+

    En birman, mingala désigne la bénédiction ou l'auspice favorable, et zedi (dérivé du pali cetiya) désigne un stupa ou une pagode. Le nom est souvent traduit par "pagode des trois joyaux" ou "pagode de la bénédiction", en référence aux Trois Joyaux du bouddhisme : le Bouddha, le Dharma et la Sangha.

    Peut-on monter sur les terrasses de Mingalazedi ?+

    Oui, contrairement à de nombreux monuments de Bagan fermés à la montée après le séisme de 2016, Mingalazedi permet toujours l'accès aux terrasses par ses escaliers cardinaux. C'est l'une des rares pagodes de la plaine où l'on peut encore profiter d'une vue panoramique depuis les étages supérieurs, ce qui en fait un point d'observation très prisé au coucher du soleil.

    Qu'est-ce que les carreaux de Jataka représentent exactement ?+

    Les Jataka sont les 550 récits canoniques (compilés dans le Khuddaka Nikaya du Sutta Pitaka) qui racontent les vies antérieures du Bouddha Shakyamuni. Dans chacune, il apparaît sous différentes formes, humaines ou animales, et accomplit des actes de vertu, de générosité ou de sagesse. Illustrer ces scènes sur une pagode permet aux fidèles, y compris ceux qui ne savent pas lire, de méditer sur le chemin qui mène à l'Éveil.

    Mingalazedi est-elle toujours un lieu de culte actif ?+

    Oui. Comme la grande majorité des monuments de Bagan, Mingalazedi est à la fois un site archéologique et un lieu de dévotion quotidienne. Des familles birmanes, des moines et des novices y viennent régulièrement pour prier, méditer et déposer des offrandes. Il convient de s'y comporter en conséquence, avec discrétion et respect.

    Bagan est-il inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO ?+

    Oui, la zone archéologique de Bagan a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2019, lors de la 43e session du Comité du patrimoine mondial tenue à Bakou. Cette inscription, longtemps différée en raison de désaccords sur les méthodes de restauration, reconnaît la valeur universelle exceptionnelle d'un ensemble de plus de 3 500 monuments religieux bouddhistes datant principalement des IXe-XIIIe siècles.

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