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    Pagode de Leifeng : histoire, architecture et guide de visite

    Pagode de Leifeng : histoire, architecture et guide de visite Image

    Au bord du lac de l'Ouest, à Hangzhou, la pagode de Leifeng se dresse sur une colline boisée comme un repère visible depuis les promenades lacustres. Sa silhouette à cinq étages, coiffée d'une toiture dorée, est devenue l'un des emblèmes les plus photographiés du patrimoine bouddhiste chinois. Pourtant, derrière cette apparence soignée se cache une histoire faite d'effondrements, de reliques enfouies et d'une reconstruction minutieuse achevée seulement en 2002.

    ⭐ À retenir

    • La pagode originale date de 975 apr. J.-C., sous la dynastie des Cinq Dynasties (Wu Yue).
    • Elle s'est effondrée en 1924 après des siècles de dégradation ; la tour actuelle est une reconstruction ouverte en 2002.
    • Des reliques bouddhistes et des sutras sur soie ont été découverts dans ses fondations en 2001.
    • Le site fait partie des "Dix Scènes du Lac de l'Ouest", classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2011.
    • La légende du Serpent Blanc en fait l'un des lieux mythologiques les plus racontés de la culture chinoise.

    Localisation : le lac de l'Ouest à Hangzhou

    Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang, se situe à environ 180 km au sud-ouest de Shanghai. La ville est traversée par la tradition du pèlerinage bouddhiste depuis le IVe siècle, et son lac de l'Ouest (Xi Hu) concentre une densité remarquable de temples, pagodes et jardins classiques.

    La pagode de Leifeng occupe le sommet de la colline Leifeng (雷峰), rive sud du lac. L'adresse administrative est : Nanshan Road, district de Shangcheng, Hangzhou (杭州市上城区南山路). Depuis le centre-ville, plusieurs lignes de bus desservent le secteur "Leifengtaxi" ou "Jingci Temple". Un trajet depuis la gare de Hangzhou Est prend environ 35 minutes en métro (ligne 1, puis correspondance bus).

    Vue du lac de l'Ouest à Hangzhou depuis la rive sud, collines boisées et brume matinale
    Le lac de l'Ouest (Xi Hu) vu depuis la rive sud, point de départ naturel pour rejoindre la colline Leifeng.

    Tradition bouddhiste : l'héritage Chan et la dévotion populaire

    La pagode de Leifeng appartient au courant du bouddhisme chinois classique, nourri à la fois de la tradition Chan (le Zen japonais en est issu) et de la dévotion populaire au bodhisattva Guanyin. Les fondations du site sont liées au règne de Qian Chu, dernier roi de l'État de Wu Yue, un souverain réputé pour sa ferveur bouddhiste : il fit ériger des dizaines de pagodes dans toute la région du bas Yangtsé.

    Le bouddhisme Chan, né en Chine aux VIe-VIIe siècles sous l'influence du maître Bodhidharma, insiste sur la méditation directe (*zuochan*) plutôt que sur l'étude des textes. Mais les pagodes comme Leifeng relevaient autant d'une fonction votive, commémorative et protectrice que strictement monastique : elles abritaient des reliques et marquaient le territoire sacré d'une cité.

    💡 Le savais-tu ?

    Qian Chu, le souverain qui ordonna la construction de la pagode en 975, fit fabriquer selon les chroniques 84 000 petites tours en bronze destinées à contenir chacune un rouleau du Bao Qieyin Dharani Sutra. La pagode de Leifeng était l'une des pièces maîtresses de cette dévotion massive, inspirée du modèle des stupa indiens renfermant des reliques du Bouddha historique, Siddhartha Gautama.

    Histoire : de la fondation à l'effondrement de 1924

    La construction originale remonte à 975 apr. J.-C., sous le règne de Qian Chu (錢俶), dernier souverain de l'État de Wu Yue. La pagode fut érigée en l'honneur d'une favorite impériale et pour abriter, selon la tradition locale, une mèche de cheveux et un fragment de robe du Bouddha, ainsi que des copies du Bao Qieyin Dharani Sutra.

    Initialement nommée "Tour Huanqiu" ou "Tour Xi Guan", elle reçut plus tard le nom de Leifeng, du nom de la colline sur laquelle elle se tient. La structure d'origine comptait sept étages en brique et en bois.

    Au fil des siècles, la pagode souffrit d'incendies, de conflits et de négligences. Une attaque militaire japonaise vers 1127, lors de la conquête Jin, brûla les balcons et la charpente externe en bois. Seul le noyau de briques survécut. À partir du XVIe siècle, une croyance populaire se répandit selon laquelle les briques de la pagode possédaient des vertus protectrices.

    📌 Note historique

    La croyance selon laquelle ces briques avaient des vertus protectrices relève d'une tradition populaire des XVIe-XVIIe siècles, sans fondement dans les textes bouddhistes canoniques. Aucune propriété vérifiable n'a été attribuée à ces matériaux par la recherche historique ou archéologique. Cette croyance est documentée comme fait culturel, non comme réalité physique.

    Des visiteurs prélevaient des briques progressivement, fragilisant les fondations sur plusieurs décennies. Le 25 septembre 1924, la tour s'effondra sur elle-même. L'événement fit sensation dans la presse nationale et internationale de l'époque.

    Détail de briques anciennes d'une pagode chinoise, texture usée et ocre caractéristique du X<sup>e</sup> siècle
    Les briques originales du Xe siècle, conservées dans le musée souterrain sous la tour reconstituée.

    La légende du Serpent Blanc : Leifeng dans la mythologie chinoise

    La pagode de Leifeng est au coeur d'une des légendes les plus célèbres de la littérature classique chinoise : La Légende du Serpent Blanc (白蛇传, Bái Shé Zhuàn). Cette histoire, cristallisée sous sa forme narrative complète durant la dynastie Ming puis popularisée sous les Qing, raconte l'amour entre un érudit nommé Xu Xian et Bai Suzhen, un esprit-serpent blanc ayant pris forme humaine.

    Le moine Fahai, convaincu que cette union entre un humain et un esprit perturbe l'ordre cosmique, finit par emprisonner Bai Suzhen sous la pagode de Leifeng. Selon la légende, elle ne pourra en être libérée que le jour où la tour tombera. L'effondrement de 1924 a donc été perçu par certains comme la délivrance symbolique de Bai Suzhen, et Lu Xun, l'un des plus grands écrivains modernes chinois, lui consacra un essai célèbre intitulé La chute de la tour Leifeng (1924).

    "La tour Leifeng est tombée. Je pensais que si elle tombait un jour, j'éprouverais une joie particulière. Mais quand c'est arrivé, je n'ai rien ressenti de tel."

    Lu Xun, La chute de la tour Leifeng, 1924 (traduction libre)

    Les fouilles de 2001 et les reliques découvertes

    Avant la reconstruction, des archéologues ont conduit des fouilles systématiques sur le site entre 2000 et 2001. Leurs travaux ont mis au jour des découvertes majeures pour l'histoire du bouddhisme chinois.

    Au pied de la stupa centrale des fondations, une boîte en argent enchâssée dans une boîte en fer contenait ce que les textes accompagnateurs désignent comme une relique capillaire du Bouddha (une mèche de cheveux), ainsi que des figurines en or et en argent, des pièces de monnaie de la période Wu Yue, et surtout des rouleaux du Bao Qieyin Dharani Sutra gravés sur soie et sur papier, conservés dans un état exceptionnel.

    Ces objets sont aujourd'hui exposés dans le musée souterrain aménagé sous la pagode reconstruite. Ils constituent l'un des ensembles de reliques bouddhistes chinoises des Xe-XIe siècles les mieux documentés à ce jour.

    Statue Bouddha de thaïlande
    🙏 La reco d'Ananda

    Statue Bouddha de thaïlande

    Les fouilles de Leifeng ont révélé combien la statuaire votive en métal précieux était centrale dans la dévotion bouddhiste des Xe-XIe siècles. Cette statuette thaïlandaise, héritière de la même tradition de représentation du Bouddha en métal, peut tenir ce rôle focal sur un autel ou un espace de méditation personnel, comme objet de recueillement silencieux.

    À partir de 24.90 EUR

    Voir le produit →

    Architecture : la reconstruction de 2002

    La pagode actuelle a été conçue par l'Institut de design architectural de Zhejiang et inaugurée en octobre 2002. Haute de 71,68 mètres, elle se compose de cinq étages principaux posés sur un socle à deux niveaux, lui-même bâti autour des ruines consolidées de la tour originale du Xe siècle.

    La structure porteuse est en béton armé, revêtue de tuiles de cuivre doré et de boiseries sculptées qui reprennent les codes esthétiques de l'architecture Tang tardive et Song. Chaque toiture en auvent repose sur un système de consoles dougong, caractéristique des pagodes chinoises classiques : ces assemblages en bois permettent de répartir les charges sans clous, selon un savoir-faire millénaire.

    Caractéristique Tour originale (975) Tour actuelle (2002)
    Nombre d'étages 7 5 (+ 2 niveaux de socle)
    Hauteur Estimée à ~50 m 71,68 m
    Matériaux principaux Brique et bois Béton armé, cuivre, boiseries
    Toiture Tuiles grises (brûlées en 1127) Tuiles de cuivre dorées
    Ascenseur intérieur Non Oui

    L'intérieur abrite des peintures murales relatant l'histoire de la légende du Serpent Blanc et des panneaux sculptés illustrant des scènes du bouddhisme Chan. Chaque palier offre une vue panoramique différente sur le lac de l'Ouest et les collines environnantes.

    Le musée souterrain : les ruines et les reliques in situ

    Sous la tour reconstruite, le niveau souterrain permet de voir les fondations consolidées de la pagode du Xe siècle protégées par une structure vitrée. Les briques d'origine, partiellement rongées par les prélèvements de siècles de visiteurs, sont visibles à quelques centimètres derrière les vitres.

    Dans ce même espace, les vitrines présentent les objets exhumés lors des fouilles de 2001 : la cassette en argent, les fragments de rouleaux de sutras, des figurines votives en métal précieux et des monnaies de la période Wu Yue. Des cartels bilingues (chinois et anglais) contextualisent chaque pièce dans l'histoire de la dévotion bouddhiste sous les Cinq Dynasties.

    Bâtons d'encens brûlant dans un brûle-encens en bronze devant un temple bouddhiste chinois
    La pratique de l'offrande d'encens reste vivante à Leifeng, reflet d'une dévotion populaire continue.

    Importance dans le pèlerinage et le classement Unesco

    La pagode de Leifeng s'inscrit dans les "Dix Scènes du Lac de l'Ouest" (西湖十景, Xi Hu Shi Jing), une liste codifiée sous les Song (XIIe-XIIIe siècles) qui désigne les dix panoramas considérés comme les plus représentatifs de l'esthétique classique chinoise autour du lac. La scène correspondant à Leifeng s'intitule "Coucher de soleil sur la pagode Leifeng" (雷峰夕照).

    En 2011, l'ensemble du lac de l'Ouest et de ses abords a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco sous le critère VI (témoignage exceptionnel d'une tradition culturelle ou d'une civilisation vivante). La pagode de Leifeng fait partie intégrante de ce périmètre protégé.

    Pour les bouddhistes chinois, le site reste un lieu de dévotion populaire actif. Les pèlerins viennent y brûler de l'encens, présenter des offrandes et tourner autour du noyau de la tour originale selon le rite du *pradakshina* (circumambulation dans le sens des aiguilles d'une montre). Ce geste, commun au bouddhisme Theravâda, Mahâyâna et Vajrayâna, marque le respect envers la relique abritée dans la structure.

    Mala Tibétain en bois de santal
    🙏 La reco d'Ananda

    Mala Tibétain en bois de santal

    Le *pradakshina* pratiqué à Leifeng s'accompagne souvent d'une récitation silencieuse de mantras, comptée sur un mala. Dans la tradition bouddhiste tibétaine, le mala en bois de santal (chandana en sanskrit) est l'un des supports de pratique les plus utilisés pour la récitation du nom d'Amitabha ou du mantra *Om Mani Padme Hum*. Un compagnon sobre et discret pour tout pèlerinage en site bouddhiste.

    19.99 EUR

    Voir le produit →

    Statues, symboles et décor iconographique

    L'intérieur de la pagode est orné de plusieurs représentations du bodhisattva Guanyin (*Avalokiteshvara* en sanskrit), figure de la compassion particulièrement vénérée dans le bouddhisme Chan et dans la dévotion populaire chinoise. Guanyin est au coeur de nombreuses légendes locales liées au lac de l'Ouest.

    Les panneaux sculpturaux des paliers intermédiaires illustrent des scènes de la légende du Serpent Blanc, intégrant ainsi l'histoire profane dans le cadre sacré. Ce mélange de narration mythologique et d'iconographie bouddhiste est typique de la tradition Chan chinoise, qui a toujours entretenu des liens étroits avec la culture populaire.

    Des représentations du motif du lotus (*padma* en sanskrit) ornent les bases des colonnes et les frises. Dans le bouddhisme Mahâyâna, le lotus symbolise la nature de Bouddha qui s'épanouit dans la boue du monde phénoménal sans en être souillée : une image centrale dans les sutras, notamment le Lotus Sutra (Saddharmapundarika-sutra). Des bijoux bouddhistes reprenant ce motif comptent parmi les plus portés dans la tradition sino-bouddhiste.

    Préparer sa visite : horaires, tarifs et conseils pratiques

    La pagode de Leifeng est ouverte toute l'année. Les horaires varient selon les saisons :

    • Haute saison (avril à octobre) : 8h00 à 20h30 (dernière entrée à 20h00)
    • Basse saison (novembre à mars) : 8h00 à 17h30 (dernière entrée à 17h00)

    Le billet d'entrée est tarifé à 45 yuans pour les adultes (environ 6 euros au taux 2025). Des tarifs réduits s'appliquent pour les personnes âgées de plus de 70 ans, les étudiants et les enfants de moins de 1,2 m. L'accès au musée souterrain est inclus dans ce même billet. Un ascenseur intérieur dessert tous les étages, ce qui rend le site accessible aux personnes à mobilité réduite.

    Pour le code vestimentaire : aucune règle stricte n'est imposée, mais une tenue sobre est de mise par respect du caractère religieux actif du lieu. Les épaules et les genoux couverts sont recommandés si vous souhaitez observer ou participer aux rituels d'offrande.

    La photographie est autorisée dans l'ensemble du site, y compris au musée souterrain, à condition de désactiver le flash devant les vitrines de reliques. Certains espaces dédiés aux rituels peuvent demander une discrétion particulière.

    Le meilleur moment pour assister à la lumière caractéristique du "Coucher de soleil sur la pagode Leifeng" (la scène classique des Dix Scènes) se situe une heure avant le coucher du soleil, depuis la rive nord-est du lac. En été, cela correspond approximativement à 18h30-19h30.

    Pour rejoindre le site depuis le centre de Hangzhou, le bus n° 4 ou les nombreuses lignes touristiques du lac de l'Ouest permettent un accès direct. Des pédalos et bateaux de croisière sur le lac offrent une alternative pour observer la silhouette de la pagode depuis l'eau, perspective qui reste la plus saisissante. Les accessoires de méditation portés lors d'un pèlerinage au bord du lac s'accordent naturellement à cette atmosphère de contemplation silencieuse.

    FAQ

    La pagode de Leifeng est-elle une reconstruction ou l'original ?+

    La tour visible aujourd'hui est entièrement reconstruite. Elle a été inaugurée en 2002, après l'effondrement de la pagode originale le 25 septembre 1924. Les fondations et une partie du noyau en briques du Xe siècle sont conservées et visibles dans le musée souterrain, accessible avec le même billet d'entrée.

    Que peut-on voir au musée souterrain de la pagode ?+

    Le musée présente les ruines consolidées de la tour originale ainsi que les reliques découvertes lors des fouilles de 2001 : une cassette en argent contenant ce que la tradition locale identifie comme une relique capillaire du Bouddha, des rouleaux du Bao Qieyin Dharani Sutra sur soie et papier, des figurines votives en métal précieux et des monnaies de la période Wu Yue (Xe siècle).

    Pourquoi dit-on que la pagode est liée à la légende du Serpent Blanc ?+

    Selon la légende populaire chinoise, le moine Fahai aurait emprisonné Bai Suzhen, un esprit-serpent blanc transformé en femme, sous les fondations de la pagode. Cette histoire, codifiée sous les dynasties Ming et Qing, est l'une des plus connues de la culture classique chinoise. L'écrivain Lu Xun l'a mobilisée dans son essai de 1924 à l'occasion de l'effondrement de la tour.

    Le lac de l'Ouest est-il inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco ?+

    Oui. Le lac de l'Ouest de Hangzhou a été inscrit en 2011 sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco, au titre du critère VI (témoignage exceptionnel d'une tradition culturelle ou d'une civilisation vivante). La pagode de Leifeng fait partie intégrante du périmètre classé.

    Quelle est la meilleure période pour visiter la pagode de Leifeng ?+

    Le printemps (mars-avril) et l'automne (septembre-novembre) offrent les conditions les plus agréables : températures modérées, végétation colorée sur les collines et lumière favorable pour photographier la tour. L'été est très fréquenté et chaud. Le coucher de soleil depuis la rive nord-est du lac reste le moment le plus photographié, quelle que soit la saison.

    Qu'est-ce que le bouddhisme Chan et quel est son lien avec la pagode ?+

    Le bouddhisme Chan est une école du Mahâyâna née en Chine entre le VIe et le VIIe siècle, insistant sur la méditation directe plutôt que sur la seule étude des textes. Il est à l'origine du Zen japonais. La pagode de Leifeng s'inscrit dans cet environnement culturel Chan tout en relevant aussi de la dévotion populaire au bodhisattva Guanyin, ce qui en fait un site où se rencontrent pratique monastique et piété laïque.