Pagode Haibao : histoire, architecture et guide de visite
Au nord de Yinchuan, capitale de la région autonome du Ningxia, une silhouette élancée se détache sur le ciel de la plaine du Huang He. La pagode Haibao s'élève à plus de 53 mètres, visible de loin dans un paysage où la steppe rencontre l'agriculture irriguée. Construite selon une logique architecturale propre au nord-ouest chinois, elle concentre en un seul lieu plusieurs siècles de bouddhisme, de politique impériale et de dévotion populaire.
⭐ À retenir
- Localisation : banlieue nord de Yinchuan, région du Ningxia (Chine du Nord-Ouest)
- Hauteur : environ 53 mètres sur 11 niveaux, style architectural hybride Han-Xixia
- Tradition : bouddhisme chinois, école Chan et pratiques de dévotion populaire
- Origine : fondation présumée sous la dynastie des Jin postérieurs (IVe siècle), reconstructions majeures sous les Xixia et les Qing
- Accès : ouvert toute l'année, code vestimentaire modeste recommandé
Yinchuan et le Ningxia : pourquoi la pagode Haibao compte dans ce paysage
Le Ningxia est une région souvent oubliée des circuits touristiques classiques. Pourtant, cette zone frontalière a joué un rôle capital dans la diffusion du bouddhisme entre la Chine centrale, le Tibet et les steppes d'Asie centrale. Yinchuan fut la capitale du royaume Xixia (*Xi Xia*, ou Tangut, 1038-1227), un État puissant qui adopta le bouddhisme comme religion d'État et finança une production culturelle et architecturale considérable.
C'est dans ce contexte que la pagode Haibao prend tout son sens. Elle n'est pas seulement un édifice religieux : c'est un marqueur territorial, un lieu de mémoire et un point de convergence pour les pèlerins bouddhistes du nord-ouest chinois. La singularité du site tient aussi à sa position géographique : au carrefour des influences Han, tibétaines et centrasiatiques, il synthétise en un seul monument plusieurs siècles de circulation des formes artistiques et des doctrines bouddhistes le long de la Route de la soie. Aujourd'hui classée site du patrimoine culturel national par la République populaire de Chine, elle reçoit des visiteurs locaux, des pèlerins et des touristes étrangers attirés par son histoire singulière.

Histoire de la pagode Haibao : des origines aux reconstructions
Les sources chinoises font remonter la fondation du site au règne de l'empereur Yao Xing (394-416), de la dynastie des Jin postérieurs. Selon cette tradition, un moine indien aurait apporté des reliques bouddhistes dans la région, motivant la construction d'un premier édifice. Cette datation reste débattue : les historiens s'accordent davantage sur une fondation ou une refondation significative sous les Xixia, entre le Xe et le XIIe siècle.
Le site a subi plusieurs destructions majeures : tremblements de terre, conflits, et l'invasion mongole qui mit fin au royaume Xixia en 1227. À chaque fois, l'édifice fut reconstruit, témoignant de l'attachement des populations locales et des élites politiques à ce lieu de culte. La version actuelle de la pagode date essentiellement de la période Qing, après une reconstruction complète en 1739 consécutive à un séisme dévastateur. Les travaux de restauration se sont poursuivis au XXe siècle, notamment après les dommages causés pendant la Révolution culturelle.
💡 Le savais-tu ?
Le nom "Haibao" (海寶) se traduit littéralement par "trésor de la mer" ou "trésor de l'océan". Dans le contexte bouddhiste chinois, le mot "mer" (*hai*) renvoie souvent à l'immensité des mérites spirituels accumulés par la pratique. Certains textes locaux associent aussi ce nom à la légende des reliques apportées depuis l'Inde par-delà les océans.
Architecture : un style hybride à 11 niveaux
La pagode Haibao se distingue par une silhouette atypique dans le panorama des pagodes chinoises. Là où la plupart des pagodes Tang ou Song adoptent un plan octogonal ou hexagonal, Haibao présente un plan en croix, avec des niches profondes creusées sur chaque face à chaque niveau. Ce type de plan, rare en Chine centrale, est souvent rapproché des traditions architecturales Xixia, elles-mêmes influencées par des modèles tibétains et indiens.
L'édifice mesure environ 53 mètres de hauteur pour 11 niveaux. Construit en briques cuites grises, il repose sur une terrasse surélevée accessible par un escalier monumental. À l'intérieur, un escalier hélicoïdal permet théoriquement la montée jusqu'aux niveaux supérieurs, bien que l'accès soit restreint pour des raisons de conservation. Chaque niveau est marqué par des corniches en bois laqué, des clochettes métalliques suspendues aux angles, et des ouvertures cintrées qui jouent avec la lumière à différentes heures du jour.
La façade principale est orientée au sud, selon la convention géomantique (*feng shui*) habituelle dans l'architecture religieuse chinoise. Un hall d'entrée, reconstruit à l'époque Qing, précède la tour proprement dite. Il abrite plusieurs statues représentant des figures du bouddhisme, dont une représentation du Bouddha Maitreya (*Mile Fo* en chinois), le "Bouddha du futur", très présent dans la dévotion populaire du nord-ouest.

Symboles et statues : lire l'iconographie du site
La pagode Haibao concentre plusieurs couches iconographiques qui reflètent la pluralité des traditions bouddhistes ayant marqué la région.
Le Bouddha Maitreya
La figure de Maitreya occupe une place centrale dans la dévotion locale. Selon la cosmologie bouddhiste, Maitreya est le Bouddha qui viendra dans un futur lointain pour renouveler le Dharma. Sa représentation, souvent ventrue et souriante dans la tradition chinoise populaire (à ne pas confondre avec le Maitreya des textes *Sanskrit*, représenté assis en méditation), est présente dans le hall d'entrée. Cette iconographie populaire est arrivée en Chine à partir du Xe siècle environ et fusionna progressivement avec la figure du moine Budai.
Les stupas et reliques
Selon la tradition locale, la pagode renferme des reliques (*sarira* en Sanskrit), fragments osseux ou objets consacrés associés à un être éveillé. La présence de reliques est la raison d'être première d'une pagode (*stupa* en Sanskrit, *ta* en chinois) : l'édifice n'est pas simplement un bâtiment, il est structurellement un réceptacle sacré. Les fidèles effectuent des circumambulations (tourner autour de l'édifice dans le sens des aiguilles d'une montre) pour accumuler des mérites, pratique commune aux traditions Théravâda, Mahâyâna et Vajrayâna.
Inscriptions et stèles
Plusieurs stèles gravées, datant pour les plus anciennes des dynasties Ming et Qing, sont conservées dans l'enceinte du site. Elles consignent les différentes phases de reconstruction, les noms des donateurs et des textes de dédicace. Ces inscriptions constituent une source primaire précieuse pour les historiens de l'art bouddhiste en Chine du Nord-Ouest.
La pagode Haibao dans le pèlerinage bouddhiste du Ningxia
La pagode Haibao n'est pas isolée : elle s'inscrit dans un réseau de sites bouddhistes qui structurent la pratique religieuse dans la région du Ningxia et du Gansu voisin. Le Ningxia est aussi une région à forte population hui (musulmane), ce qui rend la coexistence entre pratiques bouddhistes et islamiques particulièrement visible dans la ville de Yinchuan.
Pour les bouddhistes chinois, la visite de Haibao fait souvent partie d'un circuit incluant les tombeaux des rois Xixia (à une trentaine de kilomètres à l'ouest), les grottes de Xumishan (Guyuan), et les temples du mont Helan. Ce circuit permet de reconstituer l'histoire du bouddhisme Xixia, dont l'influence sur l'art religieux de la région reste visible dans les sculptures et les manuscrits conservés dans les musées locaux.
À l'échelle nationale, Haibao est référencée parmi les sites bouddhistes importants du nord-ouest chinois, même si sa notoriété reste modeste comparée aux grottes de Dunhuang (Mogao) ou au temple Labrang (Xiahe). Pour un pèlerin ou un voyageur intéressé par le bouddhisme en Chine, ce relatif anonymat est aussi un avantage : l'atmosphère y est moins touristique, plus recueillie.

Tradition et école bouddhiste : le bouddhisme Han et ses couches historiques
La pagode Haibao relève du bouddhisme chinois, aussi appelé bouddhisme Han, qui appartient à la grande famille du Mahâyâna. Ce courant, arrivé en Chine depuis l'Inde via l'Asie centrale (Route de la soie) aux premiers siècles de notre ère, s'est progressivement sinisé pour former un ensemble de pratiques et d'écoles spécifiques : l'école Chan (*Dhyana*, ancêtre du Zen japonais), la Terre Pure (*Jingtu*), et plusieurs traditions tantriques influencées par le bouddhisme tibétain.
Au moment du royaume Xixia, la région de Yinchuan connut une forte influence du bouddhisme tibétain, alors en plein développement sous le règne des rois Tanguts. Des textes du *Kangyur* (le canon bouddhiste tibétain) furent traduits en langue Xixia pendant cette période. Ces échanges laissèrent des traces dans l'iconographie de la pagode, où coexistent des représentations typiques du Mahâyâna chinois et des éléments plastiques d'origine tibétaine.
"Là où il y a une relique du Bienheureux, là se trouve le Bienheureux lui-même."
*Mahâparinibbâna Sutta*, *Dîgha Nikâya* - texte fondateur sur le culte des stupas dans le bouddhisme
Comparatif : pagode Haibao et autres pagodes chinoises majeures
| Critère | Pagode Haibao | Pagode de la Grande Oie Sauvage (Xi'an) | Pagode de la Petite Oie Sauvage (Xi'an) |
|---|---|---|---|
| Hauteur | ~53 m | 64 m | 43 m |
| Niveaux | 11 | 7 | 13 |
| Plan | En croix (Xixia) | Carré (Tang) | Carré (Tang) |
| Matériau principal | Brique grise | Brique, terre cuite | Brique |
| Tradition | Bouddhisme Han / Xixia | Bouddhisme Han (Xuanzang) | Bouddhisme Han |
| Fréquentation touristique | Modérée (régionale) | Très élevée (internationale) | Élevée (nationale) |
Visiter la pagode Haibao : informations pratiques
La pagode Haibao est accessible sans difficulté depuis le centre de Yinchuan. Les informations ci-dessous couvrent les points essentiels à connaître avant de planifier votre visite.
Comment y accéder depuis Yinchuan
La pagode Haibao se trouve dans le district de Xingqing, au nord du centre-ville de Yinchuan, à environ 6 kilomètres de la gare ferroviaire principale. Plusieurs lignes de bus urbains desservent le site depuis le centre. En taxi ou via les applications de VTC locales (Didi), le trajet depuis le centre-ville prend environ 15 à 20 minutes selon la circulation. Aucune liaison directe par métro n'est disponible à la date de rédaction de cet article (2026).
Horaires d'ouverture
Le site est généralement ouvert tous les jours, de 8h à 18h en saison estivale (avril à octobre) et de 8h30 à 17h30 en période hivernale. Ces horaires peuvent varier lors des grandes fêtes bouddhistes ou des jours fériés nationaux chinois. Il est conseillé de vérifier les informations actualisées auprès de l'office du tourisme du Ningxia ou directement sur place avant de planifier votre visite.
Tarifs
L'entrée au site était, lors des dernières données disponibles, fixée autour de 30 à 40 yuan (environ 4 à 5 euros). Les personnes de plus de 65 ans et les étudiants bénéficient généralement de tarifs réduits sur présentation d'un justificatif. Vérifiez les tarifs en vigueur au moment de votre visite.
Code vestimentaire et comportement
Aucun code vestimentaire strict n'est imposé à l'entrée, mais le respect des lieux de culte bouddhistes demande de couvrir les épaules et les genoux. Évitez les tenues très légères, surtout si des cérémonies sont en cours. Parler à voix basse dans les halls de prière, ne pas pointer les pieds en direction des statues, et demander l'autorisation avant de photographier les moines ou les fidèles en prière sont des gestes attendus dans tous les temples bouddhistes, en Chine comme ailleurs.
Photographie
La photographie est autorisée dans les espaces extérieurs et dans la plupart des halls. Certaines zones intérieures, notamment celles abritant des reliques ou des autels actifs, peuvent interdire les photos : respectez les panneaux et les indications des gardiens. L'usage du flash à proximité des peintures murales anciennes et des statues laquées est à proscrire, car il accélère leur dégradation.
Meilleure saison et contexte culturel pour la visite
Le Ningxia bénéficie d'un climat continental semi-aride. Les étés sont chauds et secs (températures dépassant 30°C en juillet-août), les hivers rigoureux (températures négatives fréquentes de décembre à février). Le printemps (avril-mai) et l'automne (septembre-octobre) offrent les conditions les plus agréables pour visiter le site en extérieur.
Les grandes fêtes bouddhistes chinoises, notamment le Vesak (Fête du Bouddha, autour de mai selon le calendrier lunaire), animent le site avec des cérémonies, des processions et des offrandes. C'est une période particulièrement intéressante pour les visiteurs qui souhaitent observer la pratique vivante, à condition d'accepter une affluence plus importante et de se conformer scrupuleusement aux usages locaux.
Si vous avez la chance d'être à Yinchuan pendant le Nouvel An lunaire (entre fin janvier et mi-février selon les années), le site prend une atmosphère particulière : encens, lanternes et prières collectives rythment les premières semaines de l'année selon le calendrier chinois traditionnel. La pagode Haibao, comme beaucoup de temples du nord-ouest, reste un lieu de pratique réelle, pas un musée figé.
Autour du site : ce que Yinchuan réserve aux curieux du bouddhisme
Yinchuan mérite plus d'une journée si l'on s'intéresse au bouddhisme historique de la région. Le musée de la région autonome du Ningxia conserve une collection de sculptures, manuscrits et objets rituels issus du royaume Xixia, dont plusieurs pièces directement liées à la production bouddhiste de l'époque. L'entrée est gratuite et la qualité des collections est réelle, même si les explications en anglais restent limitées.
À environ 35 kilomètres au nord-est de Yinchuan, les tombeaux des rois Xixia (site classé patrimoine national) complètent la compréhension du contexte historique dans lequel la pagode Haibao a été façonnée. Ces tumuli monumentaux, parfois comparés aux pyramides pour leur allure désertique et leur mise en scène du pouvoir, témoignent de l'importance du rituel funéraire bouddhiste dans la culture Xixia.
Pour les pratiquants souhaitant prolonger leur visite par une dimension méditative, plusieurs temples bouddhistes actifs de Yinchuan accueillent les visiteurs lors de leurs offices du matin. Renseignez-vous localement, car les horaires et les conditions d'accueil varient selon les communautés monastiques présentes sur place.
Aide à la Méditation
Avant ou après une visite sur un site bouddhiste comme la pagode Haibao, un support à la méditation aide à ancrer la pratique dans le quotidien, loin du voyage.
178 références
Découvrir la catégorie →Ce qu'il faut retenir de la pagode Haibao
La pagode Haibao n'est pas un site de tourisme de masse. C'est un lieu qui se mérite un peu : il demande de s'éloigner des circuits habituels, de traverser une région souvent ignorée des voyageurs francophones, et d'accepter une signalétique principalement en chinois. En retour, il offre une rencontre directe avec une architecture bouddhiste rare (le plan en croix Xixia n'a pas d'équivalent exact en Chine centrale), une atmosphère de pratique réelle, et une inscription dans un paysage historique riche.
Pour le voyageur intéressé par le bouddhisme en Asie, la visite complète idéalement un circuit Xi'an-Dunhuang-Yinchuan, permettant de relier les grandes étapes de la diffusion du Dharma le long de la Route de la soie. Pour le simple curieux de passage à Yinchuan, une demi-journée sur place suffit à mesurer l'originalité du site et la vitalité de la communauté bouddhiste locale.
Questions fréquentes sur la pagode Haibao
La pagode Haibao est-elle un lieu de culte actif ou uniquement touristique ?+
La pagode Haibao est à la fois un site patrimonial classé et un lieu de culte bouddhiste actif. Des fidèles s'y rendent régulièrement pour des prières, des offrandes et des circumambulations. Pendant les grandes fêtes bouddhistes, des cérémonies officielles sont organisées sur place. Le statut de site touristique n'a pas effacé sa dimension religieuse vivante.
Peut-on monter au sommet de la pagode Haibao ?+
L'accès à l'intérieur et aux niveaux supérieurs de la tour est partiellement restreint pour des raisons de conservation structurelle. Les conditions d'accès peuvent évoluer selon les travaux de restauration en cours. Renseignez-vous directement à l'entrée du site le jour de votre visite.
Quelle est la différence entre une pagode et un stupa ?+
Le stupa est la forme originale indienne : une coupole hémisphérique en maçonnerie destinée à abriter des reliques. En voyageant vers l'est via la Route de la soie, cette forme s'est transformée : en Chine, elle est devenue la pagode (*ta*), une tour à plusieurs niveaux en brique ou en bois. En Asie du Sud-Est, on parle de *chedi* ou de *zedi*. Toutes ces formes partagent la même fonction fondamentale : sanctuariser une présence sacrée.
Faut-il parler chinois pour visiter la pagode Haibao ?+
La signalétique du site est principalement en chinois, avec quelques panneaux en anglais dans les zones les plus fréquentées. Le personnel à l'accueil parle rarement anglais couramment. Prévoir quelques phrases de base en mandarin ou une application de traduction offline facilite grandement la visite. Les guides locaux parlant français ou anglais sont rares mais peuvent être trouvés via les agences de tourisme de Yinchuan.
La pagode Haibao est-elle reliée au bouddhisme tibétain ou au bouddhisme chinois ?+
Les deux traditions ont laissé leur empreinte sur le site, reflet de l'histoire complexe du royaume Xixia. La pagode relève aujourd'hui du bouddhisme chinois Han dans sa gestion et son usage courant, mais son architecture et certains éléments iconographiques portent l'influence du bouddhisme tibétain, très présent au Ningxia entre le Xe et le XIIIe siècle.
Comment se rendre à la pagode Haibao depuis l'extérieur de Yinchuan ?+
Yinchuan est desservie par un aéroport international (Yinchuan Hedong) et par des liaisons TGV depuis Xi'an (environ 2h30) et Lanzhou. Depuis la gare ou l'aéroport, un taxi ou une application Didi permet de rejoindre la pagode Haibao en 15 à 30 minutes selon le point de départ. Aucun forfait touristique francophone dédié au seul site n'existe à ce jour : la visite s'intègre généralement dans un circuit plus large couvrant le Ningxia et le Gansu.