Pagode Shwesandaw : histoire, architecture et guide de visite
La pagode Shwesandaw est l'un des sites les plus emblématiques du bouddhisme birman. Son nom, qui signifie littéralement "cheveu d'or du Seigneur" en langue pali-birman, indique déjà la profondeur de sa charge symbolique : selon la tradition, elle abrite des reliques capillaires du Bouddha Gautama, offertes par deux marchands après l'Éveil. Ce type de pagode-reliquaire, présent dans plusieurs villes de l'actuelle Birmanie (Myanmar), porte ce nom précisément parce qu'elle est censée conserver cette relique sacrée entre toutes.
Deux grandes pagodes portent ce nom : celle de Bagan, construite au XIe siècle et mondialement connue pour son panorama exceptionnel, et celle de Pyay (anciennement Prome), considérée comme l'une des plus saintes du pays. Cet article se concentre principalement sur la Shwesandaw de Bagan, en précisant les points de distinction avec celle de Pyay quand cela s'avère utile.
⭐ À retenir
- La Shwesandaw de Bagan date du XIe siècle, construite sous le roi Anawrahta, fondateur de l'empire Pagan.
- Son nom désigne une relique capillaire du Bouddha Gautama qu'elle est censée conserver.
- Elle appartient à la tradition Théravâda, dominante en Birmanie.
- Sa terrasse sommitale offre l'un des panoramas les plus photographiés de la plaine de Bagan au coucher du soleil.
- Une seconde Shwesandaw, à Pyay, est l'une des pagodes les plus saintes du Myanmar.
Localisation : Bagan et Pyay, deux sites distincts
La pagode Shwesandaw de Bagan se trouve dans la zone archéologique de Bagan, dans la région de Mandalay, au centre du Myanmar. Bagan est accessible depuis Yangon (anciennement Rangoun) par avion, bus ou bateau sur l'Irrawaddy. La pagode est située dans la partie centrale de la plaine, à proximité du village de Minnanthu, identifiable sur toutes les cartes touristiques sous l'appellation "Shwesandaw Paya" ou "Shwesandaw Pagoda".
La Shwesandaw de Pyay se trouve quant à elle dans la ville de Pyay, au centre-ouest du Myanmar, sur la rive droite de l'Irrawaddy. Pyay est à environ cinq heures de route au nord de Yangon. La pagode domine la ville depuis une colline et constitue le cœur spirituel de la région. Ces deux pagodes partagent un nom et une dédicace similaire, mais leur histoire et leur architecture diffèrent sensiblement.

Histoire et fondation : l'ère du roi Anawrahta
La pagode Shwesandaw de Bagan fut construite en 1057 par le roi Anawrahta, premier souverain de l'empire Pagan (Bagan) unifié. Cette date correspond à un tournant majeur dans l'histoire du bouddhisme en Asie du Sud-Est : Anawrahta venait de conquérir la ville de Thaton, capitale du royaume Mon, et avait ramené avec lui le Canon Pali (le Tipitaka, textes fondateurs du Théravâda), ainsi que des moines, des artisans et des reliques.
La construction de la Shwesandaw faisait partie d'un vaste programme de monuments religieux destiné à asseoir la légitimité du nouveau royaume et à ancrer le Théravâda comme religion officielle. Anawrahta aurait reçu, selon les chroniques birmanes, des reliques capillaires du Bouddha et les aurait fait enchâsser sous la structure. La pagode fut donc dès l'origine un lieu de pèlerinage et un symbole du pouvoir royal uni à la foi.
💡 Le savais-tu ?
Le mot "paya" (ou "pahto") en birman est un terme générique désignant un lieu ou un objet saint, qu'il s'agisse d'une pagode, d'un stupa ou d'une image sacrée. Il traduit le concept pali de cetiya, le monument-reliquaire. La Shwesandaw est donc techniquement un stupa-reliquaire, ce que les birmanophones appellent aussi "zedi".
La pagode souffrit gravement du séisme de 1975 qui dévasta une grande partie des monuments de Bagan. Les restaurations engagées dans les années 1990 par le gouvernement birman furent critiquées par certains spécialistes du patrimoine pour leurs choix matériaux et architecturaux discutables, notamment l'emploi de briques modernes non conformes aux techniques d'origine. L'Unesco, qui étudiait alors le classement de Bagan, avait émis des réserves à ce sujet. En 2019, le site archéologique de Bagan fut finalement inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco.
Tradition bouddhiste : le Théravâda birman
La Shwesandaw s'inscrit pleinement dans la tradition Théravâda, l'école bouddhiste dite "de l'enseignement des Anciens", dominante en Birmanie, au Sri Lanka, en Thaïlande, au Cambodge et au Laos. Le Théravâda se distingue du Mahâyâna (dominant en Chine, au Japon, en Corée) et du Vajrayâna (principalement tibétain et bhoutanais) par son attachement strict au Canon Pali et par une conception du chemin vers le Nirvana centré sur la pratique monastique individuelle.
En Birmanie, la figure du moine (bhikkhu) occupe une place centrale dans la vie sociale et religieuse. Les laïcs expriment leur dévotion en offrant nourriture, fleurs, encens et or aux pagodes, pratique qui s'appelle dâna (générosité, premier des pâramitâ ou "perfections" dans le Théravâda). La tradition de déposer des fleurs fraîches et d'allumer des bâtons d'encens devant les autels est omniprésente à la Shwesandaw comme dans toutes les pagodes birmanes.

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Découvrir la catégorie →Architecture : la terrasse aux cinq niveaux
La Shwesandaw de Bagan est un stupa pyramidal à cinq terrasses carrées superposées, couronné d'un stupa cylindrique (le "zedi" proprement dit) surmonté d'une flèche effilée en or. Cette structure à terrasses est caractéristique des pagodes Mon et Pyu qui précédèrent l'empire Pagan, et que les constructeurs d'Anawrahta intégrèrent à leur propre tradition architecturale.
Chaque angle des terrasses est traditionnellement orné de représentations de chimères (créatures mi-lion mi-aigle) appelées chinthe, gardiennes symboliques des pagodes birmanes. Le stupa central, recouvert d'un enduit blanc (et partiellement doré au sommet), mesure environ cinquante mètres de hauteur. Des escaliers raides et étroits permettent l'accès aux différentes terrasses depuis la base de la pagode.
| Critère | Shwesandaw de Bagan | Shwesandaw de Pyay |
|---|---|---|
| Époque de fondation | XIe siècle (1057) | Origine ancienne, remaniée à plusieurs reprises |
| Forme architecturale | Stupa pyramidal à 5 terrasses | Stupa à flèche dorée, silhouette bulbeuse |
| Relique vénérée | Cheveux du Bouddha (tradition) | Cheveux du Bouddha (tradition) |
| Notoriété internationale | Très élevée (site Patrimoine Mondial Unesco) | Pèlerinage national, moins connu à l'étranger |
| Accès au sommet | Escaliers raides, terrasses accessibles | Plateau sur colline, accès par escaliers |
Symboles et iconographie
Comme dans la plupart des pagodes Théravâda birmanes, la Shwesandaw ne contient pas de représentations narratives au sens d'une iconographie complexe Mahâyâna. L'accent est mis sur le stupa lui-même en tant que support de la relique et objet de dévotion direct. Les fidèles tournent autour de la pagode dans le sens des aiguilles d'une montre (la pradakshina, circumambulation rituelle) pour accumuler du mérite.
Les niches disposées à la base et aux angles des terrasses accueillent parfois des petits Bouddhas assis en position de méditation (dhyana mudra) ou en position de la "prise de la Terre à témoin" (bhumisparsha mudra), qui évoque le moment de l'Éveil sous l'arbre Bodhi. Ces représentations en pierre ou en stuc peint rappellent les jataka, les récits des vies antérieures du Bouddha compilés dans le Sutta Pitaka.
La pagode dans le pèlerinage birman
En Birmanie, le pèlerinage (connu sous le terme birman hpaya-lan) n'est pas une obligation rituelle codifiée comme le hajj en islam, mais une pratique dévotionnelle profondément ancrée dans la culture populaire. Visiter les pagodes saintes permet d'accumuler du mérite (kutho) bénéfique pour cette vie et les suivantes selon la cosmologie bouddhiste Théravâda.
La Shwesandaw de Pyay figure parmi les cinq pagodes les plus saintes du Myanmar, aux côtés de la Shwedagon de Yangon, de la Mahamuni de Mandalay, de la Kyaiktiyo (le Rocher d'Or) et de la Bothataung de Yangon. Selon la tradition populaire, visiter ces cinq sites au moins une fois dans sa vie est un acte de grande dévotion. La Shwesandaw de Bagan, quant à elle, est davantage visitée par les touristes internationaux et les pèlerins qui complètent un circuit dans la plaine de Bagan.

"Bâtir une pagode, c'est planter un arbre dont l'ombre protège les générations futures."
Proverbe birman traditionnel, souvent cité dans le contexte des fondations royales de Bagan
La pagode de Bagan et le coucher de soleil : entre dévotion et tourisme
La terrasse supérieure de la Shwesandaw de Bagan est devenue, à partir des années 2000, l'un des points de vue les plus prisés pour observer le coucher de soleil sur la plaine parsemée de milliers de monuments. Des centaines de visiteurs s'y pressaient chaque soir. Cette popularité a conduit les autorités Myanmar à restreindre l'accès aux terrasses supérieures, en raison de la fragilité des structures et des dommages causés par l'affluence.
Depuis les réglementations progressivement mises en place après 2016, et plus fermement après le séisme d'août 2016 qui endommagea de nombreux monuments, l'accès au sommet de la Shwesandaw est désormais interdit ou fortement limité. D'autres sites d'observation ont été aménagés dans la zone archéologique pour permettre au public de profiter du panorama sans endommager les pagodes. Il convient de vérifier les règles en vigueur auprès des autorités locales ou de l'Archaeological Zone de Bagan avant la visite, car les dispositions évoluent.
Préparer sa visite : codes, horaires et gestes essentiels
La zone archéologique de Bagan est soumise à un droit d'entrée pour les visiteurs étrangers. Le paiement s'effectue à l'arrivée dans la zone, généralement à l'aéroport ou aux points d'entrée officiels. Le montant est sujet à révision et il convient de se renseigner auprès de sources à jour (ambassades, forums de voyageurs).
Le code vestimentaire dans les pagodes birmanes est strict et non négociable :
- Les chaussures et les chaussettes doivent être retirées avant d'entrer dans l'enceinte sacrée (y compris les abords immédiats du stupa).
- Les épaules et les genoux doivent être couverts pour les hommes comme pour les femmes. Des longyi (sarongs birmans) peuvent être proposés à l'entrée pour les visiteurs insuffisamment couverts.
- Les gestes bruyants, les comportements désinvoltes ou l'escalade des structures sont considérés comme irrespecteux.
La photographie est généralement tolérée dans les espaces extérieurs des pagodes birmanes, y compris à la Shwesandaw. À l'intérieur des sanctuaires, il est d'usage de demander avant de photographier des cérémonies ou des fidèles en prière. Les drones sont soumis à des réglementations spécifiques dans la zone archéologique de Bagan et nécessitent une autorisation préalable.
La pagode est accessible toute l'année, mais la saison sèche (novembre à février) reste la période la plus agréable pour visiter Bagan, avec des températures supportables et un ciel dégagé qui met en valeur le panorama. La saison des pluies (juin à octobre) offre une lumière plus dramatique sur les stupas mais rend les pistes en terre de la plaine difficiles d'accès.
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Amulettes bouddhistes
Rapporter un souvenir du voyage birman ou prolonger sa connexion à la tradition Théravâda avec une amulette ancrée dans l'iconographie bouddhiste.
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Découvrir la catégorie →Questions fréquentes
Peut-on encore monter au sommet de la pagode Shwesandaw de Bagan ?+
L'accès aux terrasses supérieures est fortement limité, voire interdit aux visiteurs depuis les dégâts causés par le séisme de 2016 et les restrictions liées à la préservation du site. Des points de vue alternatifs ont été aménagés dans la zone archéologique. Il est conseillé de vérifier les règles en vigueur au moment du voyage auprès des autorités locales.
Quelle est la différence entre la Shwesandaw de Bagan et celle de Pyay ?+
Les deux portent le même nom et vénèrent des reliques capillaires du Bouddha selon la tradition. Celle de Bagan, construite en 1057 par Anawrahta, est un stupa pyramidal à cinq terrasses dans la plaine archéologique. Celle de Pyay est perchée sur une colline au-dessus de la ville et est considérée comme l'une des cinq pagodes les plus saintes du Myanmar sur le plan du pèlerinage national.
Que signifie exactement le nom "Shwesandaw" ?+
"Shwe" signifie "or" ou "doré" en birman, "sa" renvoie à "Seigneur" (ici le Bouddha), et "daw" est un suffixe honorifique. L'ensemble se traduit approximativement par "cheveu d'or sacré du Seigneur", faisant référence à la relique capillaire du Bouddha qui serait enchâssée dans la structure.
Quelle tradition bouddhiste représente la pagode Shwesandaw ?+
La pagode Shwesandaw s'inscrit dans la tradition Théravâda, l'école dominante en Birmanie. Elle fut fondée par le roi Anawrahta au moment où il établissait le Théravâda comme religion officielle de l'empire Pagan, après avoir reçu le Canon Pali de la ville de Thaton.
Bagan est-il inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco ?+
Oui. La zone archéologique de Bagan a été inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial de l'Unesco en 2019. La candidature avait été retardée pendant plusieurs décennies notamment en raison des controverses liées aux restaurations des années 1990, jugées peu conformes aux critères de l'Unesco en matière d'authenticité.
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