Pagode Wanshoubao : histoire, architecture et guide de visite
Au sommet du mont Wanshou, dans la province du Guizhou (Chine), la pagode Wanshoubao domine un paysage karstique que les siècles n'ont pas entamé. Construite à l'époque de la dynastie Ming, elle reste aujourd'hui l'un des sites bouddhistes les plus visités du sud-ouest chinois. Ce n'est pas un monument figé : des pèlerins y montent chaque matin, des moines y récitent des soutras, et des familles entières s'y rendent pour les grandes fêtes du calendrier lunaire.
⭐ À retenir
- Site bouddhiste de tradition Han (Mahâyâna), province du Guizhou, Chine
- Construction principale datant de la période Ming (1368-1644), restaurations successives sous les Qing et au XXe siècle
- Architecture à sept niveaux, typique des pagodes chinoises d'axe vertical cosmologique
- Pèlerinage actif, notamment lors des fêtes du Vesak et du Nouvel An lunaire
- Accès libre ou à faible coût ; tenue correcte recommandée, photographies encadrées
Localisation et contexte géographique
La pagode Wanshoubao se trouve à Guiyang, capitale de la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine. Elle est perchée sur le mont Qianling (黔灵山), à environ 2,5 kilomètres au nord-ouest du centre-ville. L'altitude du site avoisine 1 050 mètres, ce qui lui confère une position dominant toute la vallée urbanisée.
Le mont Qianling est classé parc naturel urbain. On y accède facilement depuis le centre de Guiyang, à pied depuis certains quartiers ou en taxi en une quinzaine de minutes. L'entrée principale du parc se trouve avenue Qianlingshan. À l'intérieur du parc, un chemin pavé de plusieurs centaines de marches conduit jusqu'au complexe monastique et à la pagode principale.
Le nom "Wanshoubao" (万寿宝) se traduit approximativement par "trésor de longue vie" ou "joyau des dix mille longévités". Ce type de dénomination est courant dans l'architecture religieuse des dynasties Ming et Qing : il renvoie à la fois à la vénération des ancêtres et aux aspirations de prospérité collective.

Histoire : des origines Ming aux restaurations contemporaines
La chronologie du site mérite une lecture attentive, car deux périodes distinctes se superposent. Les premières structures religieuses sur le mont Qianling sont associées à la fin du XIVe siècle, sous le règne de l'empereur Hongwu (r. 1368-1398), fondateur de la dynastie Ming : des ermitages et chapelles rupestres y auraient été établis dès cette époque selon les chroniques locales. Ces édifices primitifs constituent ce que les sources désignent comme les "origines Ming" du site.
La fondation institutionnelle du temple Hongfu (弘福寺) est, elle, clairement datée de 1672, sous l'ère Kangxi de la dynastie Qing. C'est le moine Chan Chisong Daoren qui en est crédité dans les annales de la préfecture de Guiyang. La pagode Wanshoubao, adossée à ce complexe, fut érigée ou profondément remaniée dans le même mouvement de consolidation Qing : la structure visible aujourd'hui relève donc majoritairement du XVIIe siècle, avec des éléments formels hérités du vocabulaire architectural Ming antérieur.
Le temple Hongfu et sa pagode connurent plusieurs phases de destruction et de reconstruction. Les troubles de la période républicaine (1912-1949) et les campagnes idéologiques du XXe siècle endommagèrent une partie des bâtiments. Des travaux de restauration substantiels furent conduits entre les années 1980 et 2000, à mesure que la politique chinoise sur les affaires religieuses s'assouplissait.
Aujourd'hui, le site est géré par une communauté monastique active, affiliée à l'Association bouddhiste du Guizhou. Le temple Hongfu compte parmi les complexes Chan (Zen chinois) les plus importants de la province.
💡 Le savais-tu ?
Le bouddhisme Chan, dont le temple Hongfu relève, est la branche qui donna naissance au Zen japonais. Le terme "Chan" est lui-même la translittération chinoise du sanskrit Dhyana, qui désigne la méditation concentrative. Cette filiation directe entre Inde, Chine et Japon illustre concrètement la circulation des idées dans le monde bouddhiste.
Architecture de la pagode : lecture d'un monument vertical
La pagode Wanshoubao suit le modèle classique de la pagode chinoise à étages impairs, ici à sept niveaux. Ce chiffre n'est pas anodin : dans la cosmologie bouddhiste Han, le nombre sept évoque les sept semaines qui suivirent l'Éveil du Bouddha Shakyamuni, chacune marquée par une méditation particulière dans un lieu différent.
La structure repose sur un plan carré à la base, qui se resserre progressivement vers le sommet. Chaque niveau est délimité par des toits en auvent retroussés aux angles, caractéristiques du style architectural du Guizhou sous les dynasties Ming et Qing. Ces courbes vers le haut, appelées qiao (翘), avaient à l'origine une fonction pratique : éloigner l'eau de pluie des murs porteurs. Elles prirent progressivement une valeur symbolique, associée à l'élévation spirituelle.
Les tuiles vernissées de couleur ocre et les frises de céramique représentant des dragons, des nuages et des lotus courent sur chaque toiture. Le lotus (padma en sanskrit) est central dans l'iconographie bouddhiste : il symbolise la pureté qui s'épanouit sans être souillée par la boue, image souvent utilisée pour décrire l'état d'éveil. Dans la tradition Mahâyâna, ce motif est omniprésent aussi bien sur les objets rituels bouddhistes que sur les boiseries des halls de prière. Pour aller plus loin sur la signification de ces représentations, consultez notre guide sur le symbolisme dans la pratique bouddhiste.

Statues, reliques et iconographie intérieure
Le complexe autour de la pagode Wanshoubao abrite plusieurs halls de dévotion. Le hall principal du temple Hongfu est dédié au Bouddha Shakyamuni, représenté en position de méditation sur un trône de lotus doré. La statue mesure environ trois mètres de hauteur et date, dans sa forme actuelle, des restaurations du début des années 1990.
Un second hall honore Guanyin (觀音), le bodhisattva de la compassion, équivalent féminin d'Avalokiteshvara dans la tradition Mahâyâna chinoise. Les pèlerins déposent des offrandes de fruits, d'encens et de fleurs devant cette représentation. Dans la tradition Chan, Guanyin incarne la qualité de karuna (compassion active) accessible à tout pratiquant, indépendamment de son niveau d'avancement.
La pagode elle-même, au sens strict, n'est pas toujours accessible à l'intérieur pour les visiteurs non-monastiques. Certains niveaux abritent des reliques ou des textes sacrés, selon l'usage courant dans les pagodes chinoises où la structure sert de stupa commémoratif autant que de monument visible. Renseignez-vous auprès des gardiens du site sur les conditions d'accès au moment de votre visite.
🙏 La reco de Ananda
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Voir le produit →Le mont Qianling comme lieu de pèlerinage
Le site n'attire pas uniquement des touristes. Des pèlerins de la province du Guizhou et des provinces voisines du Yunnan, du Sichuan et du Guangxi s'y rendent régulièrement. Les dates les plus fréquentées coïncident avec le Nouvel An lunaire (janvier-février selon les années), la fête de Qingming (début avril, commémoraison des ancêtres) et la fête du Vesak (4e mois lunaire), qui célèbre, selon la tradition Mahâyâna, la naissance, l'Éveil et le parinirvana du Bouddha Shakyamuni.
Lors de ces périodes, l'atmosphère du site change radicalement. Des centaines de fidèles montent les marches en portant des bâtons d'encens, certains en procession silencieuse, d'autres en famille. Les moines du temple Hongfu organisent des récitations collectives de soutras. Cette dimension communautaire rappelle l'un des trois joyaux du bouddhisme : la Sangha, la communauté des pratiquants.
Le mont Qianling est aussi un parc naturel où des macaques tibétains vivent en semi-liberté. Ce détail, souvent mentionné dans les guides touristiques, a une résonance inattendue : dans plusieurs textes du canon bouddhiste pali (Vinaya Pitaka), les singes apparaissent comme des animaux associés à la générosité, notamment dans le Jataka racontant l'offrande de miel au Bouddha. Leur présence sur ce site n'est donc pas anodine aux yeux des pratiquants.

Tradition Chan et école bouddhiste du temple Hongfu
Le temple Hongfu, dont dépend la pagode Wanshoubao, appartient à l'école Chan du bouddhisme chinois. Le Chan est l'une des branches majeures du Mahâyâna, le "grand véhicule". Il met l'accent sur la méditation assise (zuochan, équivalent du zazen japonais) et sur la transmission directe de maître à disciple, au-delà des textes.
Le fondateur attribué du temple, le moine Chisong Daoren, était lui-même un maître Chan reconnu dans les cercles bouddhistes du Guizhou du XVIIe siècle. La communauté actuelle maintient cette tradition avec une pratique quotidienne structurée : méditation du matin, récitation du Sutra du Coeur (Prajnaparamita Hridaya Sutra, l'un des textes les plus courts et les plus récités du canon Mahâyâna), repas en silence, travaux communautaires.
Cette organisation monastique rigoureuse est caractéristique du Vinaya, le code de discipline de la communauté monastique bouddhiste. Le Vinaya est codifié dans le Vinaya Pitaka, l'un des trois "paniers" (Tripitaka) du canon : il régit les 227 règles (ou 311 pour les nonnes) observées par les moines pleinement ordonnés, des heures des repas au port du vêtement monastique. Les visiteurs qui arrivent tôt le matin peuvent parfois assister, depuis la cour extérieure, aux chants de la prière du matin.
🙏 La reco de Ananda
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Objet de pratique à 108 perles, le même compte que celui utilisé par les moines du temple Hongfu pour réciter les soutras au quotidien. Conçu en bois naturel, ce mala est utilisé dans les traditions Chan et Vajrayâna pour compter les répétitions de mantras ou de récitations.
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Voir le produit →Architecture comparée : pagode Wanshoubao et grandes pagodes chinoises
| Critère | Pagode Wanshoubao (Guizhou) | Pagode de la Grande Oie Sauvage (Xi'an) |
|---|---|---|
| Période de fondation | 1672 (Qing, ère Kangxi), précédents Ming antérieurs | 652 apr. J.-C. (Tang) |
| Nombre de niveaux | 7 | 7 (reconstruit) |
| Tradition | Chan (Mahâyâna chinois) | Yogacara (Mahâyâna, école de Xuanzang) |
| Matériaux principaux | Brique, bois, tuiles vernissées | Brique de terre cuite (structure massée) |
| Accès pèlerins | Parc naturel intégré, communauté active | Site patrimonial UNESCO, gestion touristique |
Conditions de visite pratiques
Le parc du mont Qianling est ouvert tous les jours. Les horaires d'entrée du parc s'étendent généralement de 7h00 à 18h30 (horaires susceptibles de varier selon la saison et les jours fériés). Le temple Hongfu, à l'intérieur du parc, observe des horaires légèrement plus restreints, souvent de 8h00 à 17h30. Pour vérifier les horaires en temps réel avant votre départ, la plateforme Mafengwo (马蜂窝, principale communauté de voyageurs chinoise) et le compte officiel WeChat du parc Qianling publient des mises à jour régulières. Les voyageurs francophones peuvent également consulter le site de l'office de tourisme provincial du Guizhou (visitguizhou.com) pour les informations en anglais.
Entrée et tarifs
Le droit d'entrée au parc Qianling est modique : environ 5 CNY (soit moins de 1 EUR) selon les tarifs en vigueur ces dernières années, gratuit certains jours fériés nationaux. L'accès au temple Hongfu proprement dit peut faire l'objet d'un ticket séparé, généralement entre 5 et 20 CNY (1 à 3 EUR environ, au taux de change approximatif de 1 EUR pour 7,5 CNY). Ces tarifs peuvent évoluer : consultez Mafengwo ou le guichet local à votre arrivée pour disposer du chiffre exact.
Code vestimentaire et comportement
- Épaules et genoux couverts pour entrer dans les halls de prière. Des vêtements de prêt sont parfois disponibles à l'entrée.
- Évitez de tourner le dos aux statues dans les espaces sacrés.
- Le silence est de mise dans les halls ; les conversations se tiennent à voix basse.
- Si vous souhaitez allumer de l'encens, achetez-le sur place (souvent inclus dans l'entrée ou vendu à l'entrée du temple). L'encens utilisé dans ce contexte est généralement de l'encens de temple classique, à base de bois de santal ou d'aloès ; il accompagne les offrandes rituelles dans la tradition bouddhiste Han depuis la période Tang.
- Retirez vos chaussures si un panneau ou un gardien vous l'indique à l'entrée d'un hall intérieur.
🙏 La reco de Ananda
Encens Bouddhiste de Temple
Dans la tradition bouddhiste Chan, l'encens scandait les séances de méditation et marquait les transitions rituelles. Ces bâtonnets d'encens à base de bois naturels reproduisent les formulations classiques des temples du sud de la Chine.
Voir la collection →Photographie
La photographie est généralement autorisée dans les espaces extérieurs et dans certains halls, mais interdite devant les autels principaux et lors des cérémonies. Respectez les panneaux d'interdiction et demandez l'autorisation d'un moine ou d'un gardien avant de photographier l'intérieur des halls de prière. L'usage du flash est à proscrire systématiquement.
"Là où se trouve la Sangha, là se trouve le Dharma."
Adage traditionnel bouddhiste Chan, rappelant que la communauté monastique est inseparable de la transmission du Dharma (enseignement).
Préparer sa visite : 5 points à connaître avant d'arriver
Le site se mérite physiquement : la montée vers la pagode implique plusieurs centaines de marches. Prévoyez des chaussures confortables et fermées, adaptées à un sol parfois humide ou glissant. Le mont Qianling est dans une zone climatique subtropicale humide. Les matinées de printemps (mars-mai) et d'automne (octobre-novembre) offrent les meilleures conditions de visite, avec une fréquentation moins dense qu'en été.
Si vous voyagez avec des pratiquants bouddhistes, sachez que certains font la montée en récitant un mantra à chaque marche. Ce geste, courant dans la tradition du pèlerinage bouddhiste, permet de transformer un effort physique en pratique méditative. Il n'est pas réservé aux moines : dans la tradition Chan, tout moment peut devenir support de pratique.
Pour les visiteurs qui souhaitent approfondir la symbolique des lieux, utiliser un mala tibétain traditionnel lors de la visite est une façon concrète d'ancrer l'attention sur la pratique plutôt que sur le tourisme. Dans la tradition bouddhiste, le mala est avant tout un outil de comptage des récitations ; son usage accompagne la concentration, sans dimension superstitieuse.
Si vous passez par Guiyang, le temple Hongfu et la pagode Wanshoubao se combinent facilement avec la visite du parc de la cascade d'Huangguoshu (à 1h30 en bus), autre site emblématique du Guizhou. Pour les amateurs d'architecture religieuse, le pavillon Jiaxiu Lou (甲秀楼), au centre de Guiyang sur la rivière Nanming, complète utilement la journée et offre un exemple d'architecture civile de la période Ming.
Enfin, prenez le temps de vous arrêter dans la cour intérieure du temple avant de repartir. Les arbres centenaires plantés autour des halls principaux, les fumées d'encens qui montent vers la pagode, le son des cloches à heure fixe : ces détails composent une expérience sensorielle que les photographies ne transmettent pas. C'est précisément ce que la notion de présence signifie dans la pratique Chan.
FAQ
La pagode Wanshoubao est-elle ouverte aux non-bouddhistes ?+
Oui. Le temple Hongfu et la pagode Wanshoubao accueillent tous les visiteurs, quelle que soit leur appartenance religieuse. Le respect des règles de comportement (tenue, silence, photographies) est la seule condition demandée.
Comment se rendre au mont Qianling depuis le centre de Guiyang ?+
Le site est accessible en taxi (environ 10-15 minutes depuis le centre), en métro (ligne 2, station Qianlingshan) ou à pied depuis certains quartiers proches. Des bus municipaux desservent également le parc. Le trajet en Didi (application de VTC locale, l'équivalent chinois d'Uber) reste la solution la plus pratique pour les visiteurs étrangers, car l'interface propose une option en anglais.
Quelle est la différence entre une pagode et un temple bouddhiste ?+
Le temple (si) est l'ensemble du complexe monastique : halls de prière, cours, logements des moines. La pagode (ta) est une structure verticale à étages multiples, dérivée du stupa indien, destinée à abriter des reliques ou à commémorer un événement sacré. La pagode Wanshoubao est la tour verticale visible depuis la plaine ; le temple Hongfu est le complexe complet qui l'entoure.
Peut-on assister à une cérémonie au temple Hongfu ?+
Les cérémonies du matin (autour de 6h30-7h00) sont accessibles depuis les cours extérieures. Les grandes cérémonies liturgiques lors des fêtes bouddhistes peuvent être observées par les visiteurs dans le respect du silence. Certaines prières intérieures restent réservées aux moines et aux pèlerins pratiquants. Aucune demande formelle n'est généralement nécessaire pour observer depuis la cour.
Quelle est la meilleure période pour visiter la pagode Wanshoubao ?+
Le printemps (mars-mai) et l'automne (septembre-novembre) offrent un climat tempéré et une végétation remarquable sur le mont Qianling. L'été est chaud et humide, avec des pluies fréquentes. Le Nouvel An lunaire (janvier-février) est la période la plus animée spirituellement mais aussi la plus fréquentée. Pour une visite calme, une semaine ordinaire en octobre reste idéale.
Le temple Hongfu a-t-il été fondé à l'époque Ming ou Qing ?+
Les deux périodes ont contribué au site, mais à des niveaux différents. Des lieux de retraite et de pratique existaient sur le mont Qianling dès la fin du XIVe siècle (époque Ming). L'institution formelle du temple Hongfu, avec une communauté monastique organisée, date de 1672, sous l'ère Kangxi de la dynastie Qing, grâce à l'action du moine Chan Chisong Daoren. La pagode Wanshoubao telle qu'on la connaît aujourd'hui s'inscrit dans cette fondation Qing, avec des restaurations ultérieures aux XIXe et XXe siècles.