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    Shwegugyi : le temple aux mille fenêtres au cœur de Bagan

    Shwegugyi : le temple aux mille fenêtres au cœur de Bagan Image

    Un temple taillé dans la lumière de Bagan

    Sur la plaine poussiéreuse de Bagan, entre l'Irrawaddy et les collines sèches de Birmanie centrale, le Shwegugyi se dresse avec une discrétion que sa richesse architecturale ne laisse pas soupçonner de loin. Moins couru que l'Ananda ou le Dhammayangyi, ce temple du XIIe siècle est pourtant l'un des plus accomplis de toute la période de Bagan. Son nom birman se traduit littéralement par « Grande grotte dorée » : shwe désignant l'or, gu la grotte ou caverne sacrée, et gyi la grandeur. Un nom qui dit tout de son ambition.

    Pour qui visite Bagan avec le désir de comprendre plutôt que de simplement photographier, le Shwegugyi offre quelque chose de rare : la possibilité de lire l'évolution d'une tradition architecturale directement dans la pierre. C'est un monument de transition, construit à un moment précis où les bâtisseurs de Bagan ont commencé à repenser entièrement leur rapport à la lumière, à l'espace intérieur et à la forme des sanctuaires.

    Fenêtres à claire-voie en pierre sculptée du temple Shwegugyi à Bagan, Birmanie
    Les fenêtres à claire-voie du Shwegugyi : une prouesse de taille de pierre qui date du XIIe siècle.

    Localisation et accès : où trouver le Shwegugyi

    Le Shwegugyi est situé dans la zone archéologique de Bagan, dans la région de Mandalay, au centre du Myanmar. Plus précisément, il se trouve dans l'ancienne ville de Bagan (Old Bagan), à quelques centaines de mètres au nord-est du célèbre temple Tharabar, à l'intérieur des anciennes murailles royales.

    Les coordonnées GPS approximatives : 21°10'20" N, 94°51'40" E. Le temple est accessible en calèche, en vélo électrique ou en scooter loué à Nyaung-U, la ville moderne qui sert de base pour explorer la plaine. La plupart des guides locaux incluent le Shwegugyi dans les circuits dits « temples du centre » ou « Old Bagan walking route ».

    💡 Le savais-tu ?

    La zone archéologique de Bagan est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2019. Elle regroupe plus de 3 500 monuments bouddhistes construits entre le IXe et le XIIIe siècle, dont environ 2 200 sont encore debout. Le Shwegugyi fait partie des temples classés en bon état de conservation, malgré le séisme de 2016 qui a endommagé plusieurs dizaines d'édifices dans la région.

    Histoire : un roi bâtisseur et son monument personnel

    Le Shwegugyi fut construit entre 1131 et 1141 après J.-C., sous le règne du roi Alaungsithu (également orthographié Alaung Sithu ou Sithu I), l'un des souverains les plus actifs de la dynastie Pagan. Selon les chroniques birmanes et les inscriptions relevées sur place, le roi aurait lui-même supervisé la construction et fait du Shwegugyi sa salle d'audience personnelle autant qu'un lieu de culte.

    Alaungsithu régna de 1113 à 1163, soit une période particulièrement longue et féconde pour l'empire de Pagan. C'est sous son règne que l'architecture birmane commence à s'affranchir du modèle môn importé du sud pour développer un style propre, plus vertical, plus lumineux, avec des ouvertures élargies. Le Shwegugyi en est l'expression la plus claire.

    La fin du règne d'Alaungsithu est tragique : selon les chroniques, il aurait été étouffé dans ce même temple par son propre fils Narathu, qui lui aurait arraché le trône de force. Narathu fit ensuite construire le Dhammayangyi, le plus grand temple de Bagan, peut-être pour expier ce parricide. Le Shwegugyi porte donc, dans son histoire, l'une des pages les plus sombres de la royauté de Pagan.

    « Alaungsithu fit bâtir ce temple comme demeure de la Loi, pour qu'il dure aussi longtemps que la religion du Bouddha. »

    Inscription en vieux birman relevée sur une stèle du temple, XIIe siècle (traduction approximative d'après G.H. Luce, Old Burma, Early Pagan, 1969)

    Architecture : la révolution de la lumière

    Le Shwegugyi appartient au style dit « période médiane » de Bagan, qui rompt avec les temples opaques de style môn (comme le Nagayon ou le Pebinkyaung) pour introduire des espaces intérieurs beaucoup plus clairs. La différence est visible dès l'entrée : là où les temples môns anciens plongeaient le fidèle dans une semi-obscurité propice au recueillement, le Shwegugyi baigne dans une lumière naturelle filtrée.

    Cette luminosité provient de deux innovations majeures :

    • Les fenêtres à claire-voie (tracery windows) : taillées directement dans des blocs de grès, elles forment des motifs géométriques complexes qui découpent la lumière sans affaiblir la structure portante. C'est l'une des caractéristiques les plus photographiées du bâtiment.
    • Les porches surélevés : les quatre entrées du temple s'ouvrent sur des vestibules avec des plafonds voûtés plus hauts, permettant à la lumière de pénétrer en profondeur dans le couloir de déambulation.

    Le plan est en croix grecque avec un couloir de circumambulation (pradakshina) permettant de tourner autour du sanctuaire central dans le sens des aiguilles d'une montre, conformément à la pratique bouddhiste. La tour centrale (shikhara) s'élève en gradins curvilignes, influencés par l'architecture de l'Inde du Nord (style Nagara), mais intégrés dans une composition qui reste proprement birmane par ses proportions.

    Statue de Bouddha assis en bhumisparsha mudra dans le sanctuaire du temple Shwegugyi, Bagan
    Le Bouddha principal du Shwegugyi : laque dorée, geste d'éveil, regard tourné vers l'est.

    ⭐ À retenir

    • Construit entre 1131 et 1141 par le roi Alaungsithu, XIIe siècle.
    • Style architectural de transition entre les formes môn anciennes et le gothique birman classique.
    • Fenêtres à claire-voie en grès sculpté, uniques dans leur finesse pour l'époque.
    • Tradition Theravâda : le sanctuaire principal est orienté vers l'est, face au soleil levant.
    • Inscriptions en vieux birman et en môn conservées sur des stèles à l'intérieur.

    Statues, inscriptions et symbolique bouddhiste

    L'intérieur du Shwegugyi abrite plusieurs éléments de grande valeur historique et spirituelle. Le sanctuaire principal, orienté vers l'est, accueille une statue de Bouddha assis en bhumisparsha mudra : la main droite touche la terre, rappelant le moment de l'éveil (Bodhi) sous l'arbre de la Bodhi à Bodh Gaya. Cette posture est l'une des plus répandues dans le bouddhisme Theravâda birman.

    Aux quatre points cardinaux se trouvent des niches abritant d'autres représentations du Bouddha, chacune dans une mudra différente. Ces dispositions quaternaires renvoient aux quatre directions du Dharma (l'enseignement du Bouddha), une organisation symbolique fréquente dans les grands temples de Bagan.

    Ce qui distingue le Shwegugyi des autres temples de la plaine, c'est la présence de plusieurs stèles gravées conservées in situ. L'une d'elles, rédigée en vieux birman et en môn, constitue l'un des plus anciens textes en langue birmane jamais découverts. Les épigraphistes, notamment G. H. Luce dans ses travaux fondamentaux sur la période Pagan publiés dans les années 1960-1970, ont utilisé ces inscriptions pour reconstituer la chronologie des règnes de Bagan.

    La tradition Theravâda à Bagan : contexte spirituel

    Le Shwegugyi s'inscrit pleinement dans la tradition Theravâda, la « Voie des Anciens », qui s'est imposée en Birmanie à partir du XIe siècle sous l'impulsion du roi Anawrahta et du moine môn Shin Arahan. Le Theravâda est l'une des trois grandes écoles du bouddhisme, avec le Mahâyâna (dominant en Chine, Corée, Japon) et le Vajrayâna (Tibet, Népal, Mongolie).

    Dans cette tradition, l'architecture des temples suit des canons précis issus des commentaires du Tipitaka (le canon pali, recueil des enseignements du Bouddha). La circumambulation (tourner autour du stupa ou du sanctuaire dans le sens horaire) est une pratique méritoire (punna) qui symbolise l'alignement avec le Dharma. Les fidèles qui visitent le Shwegugyi aujourd'hui perpétuent ce geste vieux de neuf siècles.

    Plaine de Bagan au lever du soleil avec pagodes et temples en arrière-plan, Birmanie
    La plaine de Bagan compte plus de deux mille monuments : le Shwegugyi en est l'un des plus intimes.

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    Rapportez l'atmosphère contemplative de Bagan dans votre espace, avec des représentations bouddhistes ancrées dans la même tradition Theravâda.

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    Importance dans le pèlerinage : un lieu encore vivant

    Contrairement à certains temples de Bagan transformés en musées fermés à tout usage liturgique, le Shwegugyi reste un lieu de culte actif. Des pèlerins birmans s'y rendent régulièrement, notamment lors des grandes fêtes bouddhistes comme Thadingyut (la fête des Lumières, en octobre selon le calendrier lunaire) et Tazaungdaing (novembre).

    Dans le circuit des pèlerinages locaux, Bagan occupe une place comparable à celle de Bodh Gaya en Inde ou de Kandy au Sri Lanka : c'est une ville sainte au sens plein du terme, un lieu où la présence du Dharma s'est matérialisée dans la pierre pendant plusieurs siècles. Le Shwegugyi, situé dans l'enceinte royale de l'ancienne capitale, possède une charge symbolique particulière : il fut le temple du roi, et sa visite est considérée comme méritoire (en pali : punna) par les fidèles Theravâda.

    Sur le plan du tourisme international, le temple est moins connu que l'Ananda Temple (classé monument national) ou le Bupaya, mais les guides spécialisés en architecture birmane, notamment les publications de l'EFEO (École française d'Extrême-Orient) et les travaux de Pierre Pichard sur les monuments de Bagan, le signalent systématiquement comme un jalon incontournable de l'évolution architecturale.

    Préparer sa visite : ce qu'il faut savoir avant d'y aller

    La zone archéologique de Bagan est soumise à un droit d'entrée payant, géré par le gouvernement birman. En 2024-2025, le tarif pour les visiteurs étrangers était de 25 USD ou l'équivalent en kyats, valable plusieurs jours. Ce billet donne accès à l'ensemble des monuments de la plaine. Il est conseillé de se renseigner sur les conditions d'accès actuelles auprès de sources officielles ou d'agences de voyage spécialisées, car la situation politique au Myanmar peut influer sur les conditions de visite.

    Quelques règles pratiques à respecter :

    • Code vestimentaire : épaules et genoux couverts obligatoires pour entrer dans tous les temples, y compris le Shwegugyi. Les sandales ou chaussures facilement retirables sont recommandées, car le port de chaussures est interdit à l'intérieur des enceintes sacrées.
    • Photographie : autorisée dans la plupart des zones du temple. L'usage du flash est déconseillé près des peintures murales fragiles. Certaines statues cultuelles peuvent être entourées de barrières limitant les prises de vue rapprochées.
    • Horaires : les temples de Bagan sont généralement accessibles de l'aube au coucher du soleil (environ 6h à 18h). Le Shwegugyi, situé dans Old Bagan, bénéficie d'une belle lumière en fin de matinée, lorsque le soleil pénètre par les fenêtres à claire-voie est.
    • Comportement : parler à voix basse, ne pas toucher les statues, ne pas s'asseoir sur les autels ou les socles sculptés. Si des moines ou des fidèles prient, laisser un espace et ne pas photographier sans discrétion.
    Critère Shwegugyi Temple Ananda (comparaison)
    Période de construction 1131-1141 Vers 1105
    Style architectural Transition môn/birman, lumineux Style môn tardif, intérieur sombre
    Fréquentation touristique Modérée (temple intimiste) Très élevée (monument national)
    Culte actif Oui Oui
    Inscriptions historiques Oui (parmi les plus anciens textes birmans) Oui (abondantes)
    Lumière naturelle intérieure Abondante (fenêtres à claire-voie) Limitée (architecture fermée)

    Questions fréquentes

    Que signifie le nom « Shwegugyi » en birman ?+

    Le nom se décompose en trois éléments : shwe (or), gu (grotte, caverne sacrée) et gyi (grand). Cela donne approximativement « Grande grotte dorée ». Le terme « gu » est fréquent dans les noms de temples birmans pour désigner les sanctuaires de type caverne, c'est-à-dire à espace intérieur voûté plutôt qu'à stupa plein.

    Le Shwegugyi est-il différent du Shwegugyi de Pyin U Lwin ?+

    Oui. Il existe plusieurs temples portant des noms similaires ou identiques au Myanmar, le terme étant générique. Le Shwegugyi présenté dans cet article est celui de Bagan (Old Bagan), construit au XIIe siècle par Alaungsithu. C'est le plus célèbre et le plus étudié historiquement.

    Peut-on visiter le Shwegugyi de manière indépendante, sans guide ?+

    Oui, le temple est accessible de manière autonome avec le billet d'entrée de la zone archéologique. Cependant, un guide local ou un guide de voyage spécialisé en architecture birmane enrichit considérablement la visite, notamment pour déchiffrer les inscriptions et comprendre les programmes iconographiques des niches à statues.

    Quelle est la meilleure période pour visiter Bagan et le Shwegugyi ?+

    La saison sèche, de novembre à février, offre des conditions idéales : températures supportables (20-30°C), ciel clair, lumière dorée. Mars-avril est très chaud. La mousson (mai-octobre) rend certains chemins en latérite difficiles d'accès mais teinte la plaine d'un vert inhabituellement vif.

    Le séisme de 2016 a-t-il endommagé le Shwegugyi ?+

    Le séisme du 24 août 2016 (magnitude 6,8) a endommagé plusieurs dizaines de temples à Bagan. D'après les rapports du département d'archéologie du Myanmar et de l'UNESCO, le Shwegugyi a subi des dommages limités, principalement sur les éléments décoratifs des flèches et sur certaines parties du couronnement. Des travaux de restauration ont été menés, bien que leur étendue exacte varie selon les sources consultées.

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