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    Temple des cinq pagodes : histoire, architecture et guide de visite

    Temple des cinq pagodes : histoire, architecture et guide de visite Image

    Cinq tours de pierre dressées côte à côte sur un soubassement de terrasses gravées : le Temple des cinq pagodes (Wuta Si, 五塔寺) de Hohhot, en Mongolie-Intérieure (Chine), est l'un des ensembles architecturaux bouddhistes les plus singuliers d'Asie centrale. Ni tibétain ni purement chinois, il synthétise trois traditions artistiques en un seul monument, et conserve l'une des plus vastes collections de gravures astronomiques de l'empire Qing. Peu connu des voyageurs européens, il mérite pourtant une attention soutenue.

    ⭐ À retenir

    • Nom officiel : Cideng Si (寺 慈燈寺), couramment appelé Wuta Si (五塔寺, "Temple des cinq pagodes")
    • Localisation : Hohhot, Mongolie-Intérieure, Chine du Nord
    • Date de construction : 1727-1732, sous l'empereur Yongzheng (dynastie Qing)
    • Tradition : bouddhisme Vajrayâna tibétain, avec influences indo-népalaises et Han
    • Classé monument protégé de l'État chinois depuis 1988
    • Statut actuel : site patrimonial géré par les autorités culturelles de Mongolie-Intérieure ; pas de communauté monastique permanente

    Hohhot et la naissance du temple : contexte historique

    Hohhot (呼和浩特, "Ville bleue" en mongol) fut fondée au XVIe siècle par le chef mongol **Altan Khan**, fervent promoteur du bouddhisme tibétain dans les steppes. La ville devint rapidement un carrefour religieux majeur entre la Mongolie, le Tibet et la Chine des Ming puis des Qing.

    Le temple fut construit entre 1727 et 1732, sous le règne de l'empereur Yongzheng. Il porta d'abord le nom de Cideng Si, "temple de la lumière bienveillante". Sa forme architecturale, celle d'un *vajrasana* (金剛座, "trône de diamant"), s'inspire directement du temple Mahabodhi de Bodh Gaya en Inde, site de l'Éveil du Bouddha historique. Cette référence n'est pas anodine : les empereurs Qing se posaient volontiers en protecteurs du Dharma, renforçant leur légitimité politique auprès des peuples mongols et tibétains via la dévotion bouddhiste.

    Bas-reliefs de Bouddhas en méditation sur le soubassement du temple des cinq pagodes à Hohhot
    Les parois du soubassement abritent plus de 1 500 bas-reliefs sculptés en trois langues : sanskrit, tibétain et mongol.

    💡 Le savais-tu ?

    Le plan dit *vajrasana* (trône de vajra, ou trône de diamant) reproduit symboliquement la plateforme où Siddhartha Gautama atteignit l'Éveil sous l'Arbre de la Bodhi. Plusieurs temples Qing en Chine du Nord adoptèrent ce plan pour ancrer leur légitimité spirituelle dans la mémoire du Bouddha Shakyamuni.

    Architecture : les cinq tours et leur symbolique

    Le bâtiment principal repose sur un massif en brique de 1 620 m² environ, haut de 7,8 mètres, percé de trois arches d'entrée et entièrement recouvert de bas-reliefs sculptés. Sur ce soubassement s'élèvent cinq tours octogonales : une centrale plus haute (environ 16,5 mètres au total depuis le sol) et quatre tours aux angles.

    Les cinq pagodes représentent les cinq Bouddhas de la sagesse (*Pañcajina*), connus dans le Vajrayâna tibétain sous le nom de *Dhyani Bouddhas* : Vairocana au centre, Aksobhya à l'est, Ratnasambhava au sud, Amitabha à l'ouest, et Amoghasiddhi au nord. Chaque direction correspond à une forme de sagesse spécifique selon la cosmologie tantrique. La disposition n'est pas décorative : elle matérialise dans l'espace bâti un *mandala* tridimensionnel, c'est-à-dire une représentation de l'univers organisé autour d'un axe central, tel que l'enseignent les textes du Vajrayâna.

    Les parois extérieures du soubassement portent plus de 1 500 bas-reliefs représentant des Bouddhas, des bodhisattvas, des disciples, des gardiens célestes (*lokapala*) et des figures de l'iconographie indo-népalaise. Trois langues coexistent dans les inscriptions gravées : le sanskrit, le tibétain et le mongol, ce qui en fait un document linguistique et religieux rare.

    Les cinq tours octogonales du Wuta Si vues en contre-plongée, Hohhot, Mongolie-Intérieure
    La tour centrale atteint environ 16,5 mètres de hauteur depuis le sol ; les quatre tours d'angle symbolisent les directions cardinales et chacune des quatre sagesses secondaires des Dhyani Bouddhas.

    La carte astronomique : un trésor scientifique méconnu

    À l'arrière du temple, une stèle porte une carte céleste gravée dans la pierre, datant du début du XVIIIe siècle. Elle représente le ciel austral tel qu'il était observé depuis Pékin, avec les constellations répertoriées selon les traditions astronomiques chinoises et indiennes. Cette carte est considérée comme l'une des plus précises et complètes de cette époque en Asie orientale.

    Sa présence dans un temple bouddhiste n'est pas accidentelle. Le Vajrayâna accorde une importance centrale aux cycles cosmiques, aux éclipses et aux alignements planétaires dans le calcul des rituels et des pratiques de méditation avancées. L'astronomie n'était pas séparée de la dévotion : dans la tradition tibétaine, le calendrier lunaire détermine les jours de fêtes, les retraites et les dates propices aux initiations tantriques.

    Tradition bouddhiste : Vajrayâna entre Tibet, Mongolie et Chine

    Le Wuta Si appartient à la tradition Vajrayâna (ou bouddhisme tantrique), dans sa branche *gélougpa* (chapeau jaune), la même que celle du Dalaï-Lama. Cette tradition, structurée par **Tsongkhapa** au XIVe siècle, insiste sur l'étude textuelle rigoureuse combinée aux pratiques tantriques. Elle s'implanta en Mongolie à partir du XVIe siècle, appuyée par l'alliance politique entre les chefs mongols et les lamas tibétains.

    Hohhot comptait autrefois plusieurs dizaines de temples actifs. Nombre d'entre eux furent endommagés ou détruits durant la Révolution culturelle (1966-1976). Le Wuta Si, lui, survécut en partie grâce à sa valeur patrimoniale reconnue. Il fut restauré et rouvert au public à partir des années 1980. Il est utile de préciser ici que le temple fonctionne aujourd'hui comme un musée administré par les autorités culturelles de Mongolie-Intérieure : les visiteurs n'y trouveront pas l'atmosphère d'un monastère actif avec offices quotidiens et communauté de moines. Des cérémonies ponctuelles sont organisées lors des grandes fêtes bouddhistes, mais le site reste avant tout un espace patrimonial et muséographique.

    Pour prolonger la découverte de l'iconographie des Dhyani Bouddhas rencontrée sur les parois du Wuta Si, les thangkas tibétains constituent un excellent support : ces peintures sur tissu représentent souvent les cinq Bouddhas de la sagesse selon le même programme symbolique que celui gravé à Hohhot.

    Statue Bouddha de thaïlande

    🙏 La reco de Ananda

    Statue Bouddha de thaïlande

    Dans la tradition du Vajrayâna comme dans le bouddhisme Theravâda pratiqué en Thaïlande, la représentation plastique du Bouddha sert de support de méditation et d'ancrage pour la pratique. Cette statue artisanale permet de retrouver chez soi la présence iconographique observée sur les bas-reliefs du temple des cinq pagodes, avec les mêmes *mudras* caractéristiques : méditation (*dhyana*) et appel à témoin (*bhumisparsha*).

    À partir de 24.90 EUR

    Voir le produit →

    Les bas-reliefs et l'iconographie : ce que les murs racontent

    Observer les parois du soubassement demande du temps. Les reliefs se lisent sur plusieurs registres superposés. Au registre inférieur courent des éléphants et des lions stylisés, animaux gardiens dans l'iconographie bouddhiste indo-népalaise. Au registre médian, des niches accueillent des Bouddhas assis en méditation (*dhyana mudra*, mains posées l'une dans l'autre sur le giron) ou en position d'appel à témoin de la terre (*bhumisparsha mudra*, main droite touchant le sol, rappelant le moment de l'Éveil de Siddhartha). Le registre supérieur présente des bodhisattvas debout et des figures tantriques.

    Les trois arches d'entrée sont ornées de motifs floraux, de roues du Dharma (*dharmachakra*) et de figures protectrices. Le passage central est le plus large et le plus richement décoré. Chaque détail suit un programme iconographique précis, probablement établi par des lamas tibétains et exécuté par des artisans sino-mongols. La coexistence de trois traditions scripturaires (sanskrit, tibétain, mongol) dans les inscriptions fait du Wuta Si un site de syncrétisme religieux documenté, bien au-delà de la simple décoration.

    Tour / Direction Dhyani Bouddha Sagesse associée Mudra caractéristique
    Centre Vairocana Sagesse du Dharmadhatu (espace absolu) Dharmachakra mudra
    Est Aksobhya Sagesse du miroir Bhumisparsha mudra
    Sud Ratnasambhava Sagesse de l'égalité Varada mudra
    Ouest Amitabha Sagesse discriminatrice Dhyana mudra
    Nord Amoghasiddhi Sagesse de l'action accomplie Abhaya mudra

    Chaque *mudra* mentionné dans ce tableau correspond à une posture de main codifiée, reconnaissable sur les reliefs comme sur les statues bouddhistes : l'*abhaya mudra* (paume levée vers l'avant) signifie protection et absence de crainte ; la *varada mudra* (paume ouverte vers le bas) est un geste de don ou d'offrande. Savoir les identifier transforme la visite des bas-reliefs en une lecture active.

    Le Wuta Si comme lieu de pèlerinage

    Le temple n'est plus un monastère actif avec une communauté monastique permanente. Il fonctionne aujourd'hui principalement comme site patrimonial classé, géré par les autorités culturelles de la Mongolie-Intérieure, à l'image d'un musée en plein air. Les visiteurs ne doivent pas s'attendre à y trouver des offices quotidiens, des chants de moines ou une atmosphère cultuelle continue : ces éléments sont présents au Dazhao Si voisin, qui reste un temple actif. Au Wuta Si, des cérémonies ponctuelles sont néanmoins organisées lors de fêtes bouddhistes importantes, notamment à l'occasion de Saga Dawa (commémoration de l'Éveil et du Parinirvana du Bouddha, au quatrième mois lunaire).

    Pour les pratiquants bouddhistes mongols et tibétains, Hohhot reste un pèlerinage secondaire mais réel. Le circuit traditionnel inclut le Dazhao Si (temple de Wa Yao Dong), le Xilitu Zhao et le Wuta Si. Ces temples Qing forment un ensemble représentatif de la façon dont le bouddhisme Vajrayâna tibétain s'est ancré dans la culture mongole sous la tutelle impériale.

    Stèle de la carte astronomique gravée dans la pierre à l'arrière du temple des cinq pagodes
    La carte céleste gravée sur la stèle arrière combine les traditions astronomiques chinoises et indiennes du début du XVIIIe siècle.
    Mala Tibétain en bois de santal

    🙏 La reco de Ananda

    Mala Tibétain en bois de santal

    Dans la pratique gélougpa, la même tradition que celle du Wuta Si de Hohhot, la récitation de mantras s'effectue en égrenant un mala de 108 perles. Ce mala en bois de santal, matériau apprécié pour sa durabilité et son parfum discret, est fabriqué selon les proportions traditionnelles tibétaines.

    19.99 EUR

    Voir le produit →

    Conditions de visite pratiques

    Le Wuta Si est situé au numéro 83 de la rue Wuta Si (五塔寺后街), dans le district de Yuquan, à Hohhot, Mongolie-Intérieure, Chine. Il se trouve à environ 3 km au sud-ouest de la gare ferroviaire principale de Hohhot.

    Horaires et tarifs

    • Ouverture : généralement 8h30 à 17h30 (dernière entrée vers 17h)
    • Fermé : certains lundis hors saison ; vérifier en amont lors des jours fériés nationaux chinois
    • Tarif d'entrée : environ 35 yuan par personne (tarif relevé jusqu'en 2025 ; sujet à révision)
    • Réductions : tarif réduit pour les étudiants, les seniors et les moins de 1,2 m

    Code vestimentaire et comportement

    Aucune obligation vestimentaire stricte n'est imposée, le site étant géré comme monument patrimonial plutôt que comme lieu de culte actif. Par respect pour les visiteurs pratiquants et pour la nature sacrée du lieu, il est toutefois recommandé de se vêtir modestement (épaules et genoux couverts). Les voix hautes et les comportements agités sont à éviter à l'intérieur du soubassement.

    Photographie

    La photographie extérieure est autorisée sans restriction. À l'intérieur du soubassement (la chambre intérieure accessible par les arches), des restrictions peuvent s'appliquer selon les périodes : se conformer aux panneaux sur place. Les drones sont soumis à réglementation spécifique en Mongolie-Intérieure et nécessitent des autorisations préalables.

    Accès

    • Bus : lignes 1, 5, 43, 55 depuis le centre-ville, arrêt Wuta Si
    • Taxi ou DiDi (Uber local) depuis la gare : trajet d'environ 15 minutes
    • À pied depuis le Dazhao Si : environ 20 minutes, parcours agréable dans le quartier historique

    "Là où les cinq sagesses se rejoignent, la séparation entre les directions du monde s'efface."

    Paraphrase de la symbolique Vajrayâna des Pañcajina, telle qu'exposée dans le Mahavairocana Sutra

    Relier le Wuta Si aux autres temples de Hohhot

    La ville de Hohhot concentre plusieurs sites bouddhistes majeurs accessibles en une journée. Le Dazhao Si (Grand temple), fondé en 1579 par Altan Khan, abrite une statue de Bouddha en argent du XVIe siècle et reste un temple actif de la tradition gélougpa : c'est là, contrairement au Wuta Si, que l'on peut assister à des offices réguliers et observer la vie monastique en cours. Le Xilitu Zhao, surnommé "petite Lhassa du Sud", fut le siège d'un chef religieux équivalent à un Bouddha vivant (*khutukhtu*) au rang troisième de la hiérarchie tibétaine après le Dalaï-Lama et le Panchen-Lama.

    Pour les amateurs d'architecture, le temple des cinq pagodes se lit mieux après avoir visité le Dazhao, qui donne la mesure de l'architecture sino-tibétaine standard. Le Wuta Si apparaît alors clairement comme une exception formelle voulue, une citation architecturale directe de l'Inde, implantée délibérément dans la steppe mongole.

    🗂️ Voir la collection

    Thangka

    Les thangkas tibétains représentent souvent les cinq Dhyani Bouddhas selon la même organisation cosmique que les cinq tours du Wuta Si. Ils permettent de reconnaître chez soi l'iconographie rencontrée sur les parois du temple des cinq pagodes, en poursuivant la lecture visuelle des bas-reliefs.

    20 références

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    Ce que le temple dit encore aujourd'hui

    Le Wuta Si n'est pas un monument figé dans une vitrine muséale. Sa construction raconte une négociation complexe : entre un empire qui cherchait à légitimer son pouvoir, des peuples nomades qui tenaient à leur tradition spirituelle, et une religion qui sut traverser les steppes et les siècles sans perdre sa cohérence symbolique. Les cinq tours tiennent debout depuis trois siècles. Les bas-reliefs continuent de raconter la même cosmologie que celle enseignée dans les monastères tibétains actifs.

    Visiter le temple des cinq pagodes à Hohhot, c'est saisir en un seul regard la façon dont le bouddhisme Vajrayâna a voyagé des plaines du Gange aux hauteurs de l'Himalaya, puis aux steppes mongoles et aux cours impériales chinoises, en gardant à chaque étape son architecture cosmique intacte.

    FAQ

    Où se trouve exactement le Temple des cinq pagodes ?+

    Le Wuta Si se situe au 83, rue Wuta Si (五塔寺后街), district de Yuquan, à Hohhot, capitale de la région autonome de Mongolie-Intérieure, dans le nord de la Chine. La ville est accessible en train grande vitesse depuis Pékin en environ 2h30.

    Pourquoi ce temple s'appelle-t-il "temple des cinq pagodes" ?+

    Le surnom vient des cinq tours octogonales qui s'élèvent sur le soubassement principal. Chacune représente l'un des cinq Bouddhas de la sagesse (*Pañcajina* ou *Dhyani Bouddhas*) du Vajrayâna tibétain. Le nom officiel du temple est Cideng Si (慈燈寺, "temple de la lumière bienveillante").

    Le temple est-il encore un lieu de culte actif ?+

    Non, pas au sens d'un monastère avec offices quotidiens et communauté permanente. Le Wuta Si fonctionne comme un site patrimonial classé, à l'image d'un musée en plein air géré par les autorités culturelles. Des cérémonies ponctuelles s'y tiennent lors de fêtes bouddhistes importantes, mais les visiteurs souhaitant assister à une vie monastique active seront mieux servis par le Dazhao Si voisin.

    Quelle est la particularité de la carte astronomique du Wuta Si ?+

    La stèle gravée à l'arrière du temple porte une carte du ciel austral datant du début du XVIIIe siècle. Elle croise les traditions astronomiques chinoises et indiennes et représente les constellations telles qu'observables depuis Pékin à l'époque. C'est l'un des documents astronomiques gravés les plus complets de la Chine impériale tardive.

    Quelle est la meilleure saison pour visiter Hohhot et le temple des cinq pagodes ?+

    Les mois de mai à septembre offrent les conditions les plus favorables. Les hivers à Hohhot sont rigoureux (températures fréquemment sous -10 °C). Le printemps tardif (mai) et l'automne (septembre-octobre) combinent lumière agréable pour la photographie et affluence modérée.

    Qu'est-ce qu'un plan vajrasana et pourquoi est-il utilisé ici ?+

    Le plan *vajrasana* reproduit la plateforme de l'Éveil de Bodh Gaya, en Inde, où Siddhartha Gautama atteignit l'illumination selon la tradition bouddhiste. Adopter ce plan pour un temple signifie inscrire le monument dans la généalogie spirituelle directe de l'Éveil. Les empereurs Qing y trouvaient aussi un argument de légitimité politique : en commanditant un tel temple, ils se posaient en protecteurs du Dharma aux yeux des populations mongoles et tibétaines.