Temple Longchang : histoire, architecture et guide de visite
Le temple Longchang (隆昌寺, Lóngchāng Sì) s'élève sur les pentes boisées du mont Baohua, dans le district de Jurong, province du Jiangsu, à une soixantaine de kilomètres à l'est de Nanjing. Fondé au IVe siècle sous la dynastie Jin orientale, il est aujourd'hui l'un des centres d'ordination bouddhiste les plus respectés de Chine. Ce n'est pas un sanctuaire pour touristes en quête de photographies pittoresques : c'est un lieu vivant, où des dizaines de moines pratiquent chaque jour selon la règle du *Vinaya*.
⭐ À retenir
- Localisation : mont Baohua, Jurong, province du Jiangsu (Chine)
- Tradition : bouddhisme Chan et école Lü (Vinaya) du courant Mahâyâna chinois
- Fondation : IVe siècle (Jin orientale), reconstruit et agrandi à plusieurs reprises, notamment sous les Ming et les Qing
- Rôle principal : plateforme d'ordination monastique reconnue à l'échelle nationale
- Accès : ouvert aux laïcs, code vestimentaire modeste, photographie respectueuse tolérée dans les espaces extérieurs
Mont Baohua : le contexte géographique et l'environnement du temple
Le mont Baohua culmine à environ 437 mètres. Sa végétation dense, dominée par des pins centenaires et des forêts de bambous, lui confère un silence rare pour une région aussi proche d'une métropole comme Nanjing. Le temple Longchang s'intègre dans ce paysage par une succession de terrasses construites à flanc de colline, reliées par des escaliers de pierre grise.
L'ensemble monastique occupe plusieurs hectares. La route d'accès depuis Jurong prend une trentaine de minutes en véhicule, et les derniers visiteurs remontent souvent à pied les dernières centaines de mètres sur un chemin ombragé. Cette approche progressive n'est pas anodine : elle prépare mentalement à l'entrée dans un espace consacré. Le visiteur qui prend le temps de marcher ce sentier comprend, sans qu'on lui explique, pourquoi les moines parlent de "seuil" autant que de "montagne".

💡 Le savais-tu ?
Le nom "Baohua" (宝华) signifie littéralement "fleur précieuse" en chinois classique. Cette appellation renvoie à la fleur de lotus, symbole central du bouddhisme Mahâyâna, qui pousse dans la boue pour s'épanouir à la surface de l'eau, représentant l'éveil accessible à tous les êtres.
Histoire du temple Longchang : du IVe siècle à aujourd'hui
Les premières structures sur ce site remontent à la fin de la période Jin orientale (317-420). La fondation est traditionnellement attribuée au moine Bao Zhi, figure vénérée dans le bouddhisme chinois. Plusieurs reconstructions successives ont transformé le site au fil des dynasties.
C'est sous la dynastie Ming (1368-1644) que le temple connaît son expansion la plus significative. Le moine Gushan Yuanxian y établit une communauté rigoureuse centrée sur le *Vinaya*, le code de discipline monastique issu du *Pitaka* pali. Longchang devient alors une référence pour les ordinations : recevoir ses voeux sur ce site confère une légitimité reconnue par les grandes communautés bouddhistes du pays.
Sous les Qing (1644-1912), l'empereur Shunzhi puis, après lui, l'impératrice douairière Cixi accordent des patronages impériaux au temple. Ces patronages se traduisent par des dons de cloches, de stèles calligraphiées et de bâtiments supplémentaires. La réputation de Longchang en tant que "premier monastère du Vinaya en Chine" se consolide à cette époque. (Note : Shunzhi règne de 1644 à 1661 ; Cixi exerce la régence à partir de 1861, sous le règne de l'empereur Tongzhi son fils, puis de Guangxu son neveu. Ces deux règnes sont bien distincts dans le temps, mais tous deux contribuent au prestige du temple.)
Les décennies de la République et les troubles du XXe siècle endommagent partiellement le site. La restauration contemporaine, engagée à partir des années 1980 dans le cadre de la politique de réouverture des lieux de culte en Chine, a permis de remettre en état les halls principaux et de rouvrir le site aux pratiquants.
Architecture : une composition classique du Mahâyâna chinois
L'organisation spatiale du temple Longchang suit le plan axial traditionnel des monastères bouddhistes chinois. On entre par la Porte des Quatre Rois Célestes (*Tianwang Dian*), où quatre statues colossales en bois laqué représentent les gardiens des quatre directions cardinales. Chacune atteint environ trois mètres de hauteur.
L'axe principal conduit ensuite vers le Hall de Mahavira (*Daxiong Baodian*), le coeur du complexe. C'est ici que se tient le Bouddha Shakyamuni trôné, flanqué des bodhisattvas Manjushri (à sa gauche, tenant l'épée de la sagesse) et Samantabhadra (à sa droite, monté sur un éléphant blanc). Les dix-huit Arhat en terre cuite peinte bordent les murs latéraux.

Derrière le hall principal, une terrasse aménagée abrite la Plateforme d'Ordination (*Jietan*), élément architectural central de tout monastère du Vinaya. Cette plateforme en pierre comprend trois niveaux symbolisant les trois niveaux de voeux bouddhistes. Longchang possède l'une des rares plates-formes d'ordination encore fonctionnelles en Chine continentale.
Plusieurs pavillons secondaires complètent l'ensemble : un hall dédié à Guanyin (bodhisattva de la compassion, *Avalokiteshvara* dans le canon sanskrit), une bibliothèque monastique conservant des éditions xylographiques du Canon bouddhique chinois, et des bâtiments résidentiels pour la communauté monastique. Un campanile abrite également la grande cloche de bronze des Qing, frappée selon un rythme codifié à l'aube et au crépuscule.
| Espace | Fonction | Particularité |
|---|---|---|
| Tianwang Dian | Porte d'entrée rituelle | 4 gardiens en bois laqué, ~3 m chacun |
| Daxiong Baodian | Hall de Mahavira, coeur liturgique | Bouddha Shakyamuni + 18 Arhat en terre cuite |
| Jietan (Plateforme d'Ordination) | Transmission des voeux monastiques | 3 niveaux en pierre, l'une des rares encore actives en Chine |
| Pavillon Guanyin | Dévotion au bodhisattva de compassion | Statue principale en bronze doré |
| Bibliothèque monastique | Conservation du Canon bouddhique | Éditions xylographiques Ming et Qing |
Le Vinaya et l'école Lü : comprendre la tradition de Longchang
Pour comprendre pourquoi ce temple compte autant dans le bouddhisme chinois, il faut saisir ce qu'est l'école Lü (律宗, *Lǜzōng*). "Lü" désigne le *Vinaya*, l'ensemble des règles de discipline monastique codifiées après le *Parinirvana* du Bouddha historique. En Chine, cette école s'est développée grâce au moine Daoxuan (596-667) sous la dynastie Tang, qui systématisa la règle *Dharmaguptaka*, l'une des vingt-sept branches du Vinaya ancien.
Contrairement aux écoles Chan (méditation) ou Jingtu (Terre Pure), l'école Lü place la rigueur comportementale au premier plan. Chaque geste du moine, de la manière de tenir son bol d'aumône à la posture pendant la récitation, obéit à des prescriptions précises issues du *Vinayapitaka*. Longchang a perpétué cette tradition avec une constance remarquable, ce qui explique que des communautés du Japon, de Taiwan et de Corée y envoient encore des novices se former.
Cette transmission internationale est significative : dans le bouddhisme Mahâyâna, la validité d'une ordination dépend de la lignée qui la confère. Un moine ordonné à Longchang peut retracer sa filiation monastique jusqu'aux grands abbés Tang. C'est cette profondeur généalogique, et non un simple prestige touristique, qui fonde l'autorité du lieu.
"La discipline est la mère de tous les bodhisattvas."
Principe central de l'école Lü, tiré des commentaires de Daoxuan sur le Vinaya Dharmaguptaka
Les statues et symboles présents dans l'enceinte
Au-delà des figures déjà mentionnées, plusieurs symboles méritent l'attention du visiteur attentif. À l'entrée de la Porte des Rois Célestes, deux grands lions en pierre gardent le seuil : c'est une convention architecturale chinoise absente des temples d'Asie du Sud-Est, mais enracinée dans les monastères chinois depuis la période Song.
Dans la cour centrale, une paire de stupas en pierre blanche de forme octogonale évoque les reliquaires funéraires d'origine indienne (*stupa*, en pali : *thupa*), transformés par l'architecture chinoise en pagodes à plusieurs étages. Ces deux stupas de Longchang, datant de l'époque Ming selon les restaurateurs contemporains, renfermeraient selon la tradition locale des reliques de moines éminents.
La cloche de bronze suspendue dans le campanile datant des Qing pèse environ deux tonnes. Frappée à l'aube et au crépuscule selon un rythme codifié de 108 coups, elle scande la vie monastique quotidienne. Le chiffre 108 correspond au nombre de désirs illusoires (*kleshas*) que le pratiquant cherche à dissoudre selon la cosmologie bouddhiste.

🙏 La reco de Ananda
Mala Tibétain Traditionnel
Comme la cloche de Longchang compte 108 coups, le mala tibétain compte 108 perles : dans la tradition bouddhiste, cet outil de récitation sert à dénombrer mantras et prostrations depuis des siècles. Les perles en bois ou en pierre sont choisies selon leur texture, non pour une vertu supposée, mais pour le confort de la pratique quotidienne.
21.90 EUR
Voir le produit →Importance dans le pèlerinage bouddhiste chinois et international
Le temple Longchang figure parmi les "Quatre Grands Monastères du Vinaya" de Chine, aux côtés de temples situés dans les provinces du Shandong et du Sichuan. Cette désignation n'est pas administrative : elle découle d'une reconnaissance progressive par les communautés monastiques elles-mêmes, sur plusieurs siècles.
Chaque année, la période d'ordination (généralement au printemps) attire des centaines de novices venus de Chine continentale, de Taiwan, de Singapour et parfois du Vietnam ou de Corée. Ces cérémonies, qui se tiennent sur la Plateforme du Jietan, durent plusieurs semaines et suivent un protocole minutieux tiré du Dharmaguptaka Vinaya. Pour un pratiquant laïc, y assister est possible dans les espaces ouverts, mais nécessite discrétion et respect strict du calendrier monastique.
En dehors des périodes d'ordination, des pratiquants viennent individuellement en pèlerinage, souvent en combinant la visite avec d'autres sites du Jiangsu comme le mont Jiuhua, l'un des quatre monts sacrés du bouddhisme chinois, dédié au bodhisattva Ksitigarbha (*Dizang* en chinois).
Préparer sa visite : horaires, tenue et règles de conduite
Le site est ouvert au public tous les jours, généralement de 7h à 17h. L'entrée est libre ou soumise à un droit d'entrée modeste (variable selon les périodes, autour de 30 à 50 yuans selon les sources récentes des voyageurs). Les tarifs et horaires peuvent évoluer : vérifier auprès de l'office de tourisme de Jurong avant le déplacement.
- Tenue vestimentaire : épaules et genoux couverts pour hommes et femmes. Les robes ou pantalons larges sont préférés aux shorts et aux tenues moulantes. Des châles peuvent parfois être empruntés à l'entrée.
- Photographie : autorisée dans les cours extérieures et jardins. Interdite à l'intérieur des halls de culte actif, surtout pendant les offices. Ne jamais photographier des moines sans leur accord explicite.
- Comportement : parler à voix basse, éteindre le son de son téléphone, éviter de manger dans les espaces sacrés. Ne pas toucher les statues ni les objets rituels.
- Offrandes : les bâtons d'encens peuvent être achetés à l'entrée. Respecter les endroits désignés pour les brûler. Les offrandes d'argent se font dans les boîtes prévues à cet effet, jamais directement aux moines.
Pour rejoindre le temple, les transports publics depuis Nanjing passent par Jurong, avec des navettes ou taxis vers le mont Baohua. En voiture, l'accès est plus direct, avec un parking aménagé au pied de la colline.
🙏 La reco de Ananda
Mala Tibétain en bois de santal
Le santal (*candana* en sanskrit) est l'un des bois les plus utilisés dans la fabrication des malas et des bâtons d'encens des monastères chinois. Sa texture dense et son grain régulier en font un matériau apprécié pour les chapelets de récitation, indépendamment de toute propriété symbolique. Un compagnon discret pour une pratique quotidienne ou une visite en lieu monastique.
19.99 EUR
Voir le produit →💡 À emporter dans ses bagages
Pour une visite respectueuse, une tenue sobre suffit. Dans les monastères chinois, les vêtements couvrants aux tons neutres (gris, beige, noir, bleu sombre) passent inaperçus et évitent tout malentendu avec la communauté monastique. Prévoyez également des chaussettes sans déchirures : les halls intérieurs imposent parfois de retirer ses chaussures.
Longchang dans le bouddhisme Mahâyâna : une place dans la continuité vivante
Ce qui distingue Longchang de nombreux sites classés "patrimoine culturel", c'est qu'il n'est pas un musée. La communauté monastique permanente compte plusieurs dizaines de moines qui suivent les offices quotidiens, étudient les textes du *Tripitaka* et accueillent les novices en formation. Cette continuité vivante donne au lieu une densité que les seuls critères architecturaux ne permettent pas de mesurer.
Le bouddhisme Mahâyâna, dont Longchang est une expression, se distingue du Théravâda par son accent mis sur l'idéal du bodhisattva : celui qui reporte son propre *nirvana* pour aider tous les êtres sensibles à s'éveiller. Les cérémonies d'ordination tenues sur le Jietan incarnent cet idéal : chaque novice qui prononce ses voeux s'engage sur un chemin au service de la communauté (*Sangha*) et, au-delà, de l'ensemble des êtres.
Pour un visiteur laïc, s'asseoir dans la cour centrale, écouter les cloches et observer le rythme monastique suffit à percevoir ce que les textes bouddhistes désignent par "présence attentive" (*sati* en pali, *smriti* en sanskrit). Cette attention au moment présent, que le temple bouddhiste du Jiangsu illustre concrètement dans chacun de ses espaces, est l'un des enseignements les plus accessibles de la tradition Mahâyâna, quelle que soit la familiarité du visiteur avec le bouddhisme.
🗂️ Voir la collection
Aide à la Méditation
Après une visite à Longchang, prolonger la pratique chez soi avec des accessoires de méditation sélectionnés selon les traditions bouddhistes.
178 références
Découvrir la catégorie →Questions fréquentes
Où se trouve exactement le temple Longchang ?+
Le temple Longchang est situé sur le mont Baohua, dans le district de Jurong, province du Jiangsu, à environ 60 km à l'est de Nanjing. L'adresse administrative est généralement référencée comme "Baohua Mountain, Jurong, Jiangsu". Depuis Nanjing, on y accède en bus ou en taxi avec un trajet d'environ 1h30.
Quelle est la tradition bouddhiste pratiquée à Longchang ?+
Le temple appartient principalement à l'école Lü (*Vinaya*), une branche du bouddhisme Mahâyâna chinois qui place la rigueur disciplinaire au coeur de la pratique. L'école Lü a été fondée par le moine Daoxuan sous la dynastie Tang et repose sur le code Dharmaguptaka, l'une des traditions monastiques les plus anciennes du canon bouddhiste.
Peut-on visiter le temple Longchang sans être bouddhiste ?+
Oui. Le site est ouvert à tous les visiteurs, croyants ou non. L'essentiel est de respecter les règles de conduite : tenue appropriée (épaules et genoux couverts), voix basse, photographies uniquement dans les espaces extérieurs. La visite en dehors des périodes d'ordination permet généralement un accès plus libre aux cours et jardins.
Pourquoi la cloche de Longchang est-elle frappée 108 fois ?+
Le chiffre 108 est central dans la cosmologie bouddhiste : il représente le nombre de *kleshas* (afflictions ou désirs illusoires) que le pratiquant cherche à surmonter sur le chemin de l'éveil. Cette symbolique se retrouve aussi dans le mala traditionnel, qui compte exactement 108 perles.
Quand a lieu la période d'ordination à Longchang ?+
Les grandes cérémonies d'ordination monastique se tiennent généralement au printemps, selon le calendrier lunaire bouddhiste. Les dates précises varient d'une année à l'autre et sont fixées par la direction du temple. Elles ne sont pas toujours communiquées publiquement à l'avance : il est conseillé de contacter l'association bouddhiste de Jurong pour obtenir des informations actualisées.
Quelle est la différence entre l'école Lü et les autres écoles bouddhistes chinoises ?+
Dans le bouddhisme chinois, on distingue principalement trois grandes orientations pratiques : l'école Chan (méditation, connue au Japon sous le nom de Zen), l'école Jingtu (Terre Pure, centrée sur la récitation du nom d'Amitabha) et l'école Lü (Vinaya, discipline monastique). Ces trois voies ne sont pas mutuellement exclusives, mais le temple Longchang se distingue par sa spécialisation dans la transmission rigoureuse du code de conduite monastique, ce qui en fait un lieu de référence pour les ordinations reconnues à l'échelle internationale.