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    La Première Femme Moine Bouddhiste

    La Première Femme Moine Bouddhiste Image

    Selon les principes du bouddhisme, l'intégration d'une communauté monastique exige une volonté profonde de la part de l'apprenti moine. Seuls quatre besoins fondamentaux sont à leur disposition : nourriture, logement, vêtements, soins primaires. Mais cette même exigence s'est-elle appliquée aux femmes dès les origines ? Qui a été la première femme moine bouddhiste, et dans quelles circonstances a-t-elle reçu l'ordination ?

    ⭐ À retenir

    • Mahaprajapati Gautami, tante et mère adoptive de Bouddha, fut la première femme ordonnée dans le bouddhisme, au Ve siècle avant notre ère.
    • L'ordre féminin des Bhikkhunis fut fondé cinq ans après l'ordre masculin des Bhikkhus.
    • L'ordination bouddhiste repose sur trois conditions préalables : connaissance des enseignements, guide spirituel, et préparation communautaire.
    • Le monachisme féminin a connu une longue éclipse dans plusieurs pays, avant une renaissance portée par des militantes contemporaines comme Karma Lekshe Tsomo.
    • Tara, figure féminine du bouddhisme tibétain, représente depuis le Xe siècle la compassion active et la protection de l'humanité.

    Mahaprajapati Gautami, doyenne de la Sangha bouddhiste

    Bouddha fonda au Ve siècle avant notre ère l'ordre des moines masculins, les « Bhikkhus ». Cinq ans plus tard, l'ordre des « Bhikkhunis » voit le jour : c'est l'ordre monastique féminin bouddhiste. Le Grand Maître ordonna alors Mahaprajapati Gautami, sa tante maternelle et mère adoptive, qui devint ainsi la doyenne de ce premier ordre féminin.

    Son chemin vers l'ordination ne fut pas immédiat. Elle dut d'abord obtenir le consentement de son mari et de sa famille, conformément aux usages de l'époque. Deux moines étaient présents lors de sa cérémonie, témoins d'un moment sans précédent dans l'histoire du Dharma. Ce geste de Bouddha tranchait radicalement avec les normes sociales de l'Inde brahmanique du Ve siècle, où la vie spirituelle institutionnalisée était réservée aux hommes.

    Cour de monastère bouddhiste ancien évoquant le cadre de l'ordination de Mahaprajapati Gautami
    C'est dans des espaces comme celui-ci, entre pierre et silence, que les premiers ordres monastiques féminins ont pris racine.

    💡 Le savais-tu ?

    Le mot « Bhikkhuni » (en pali) ou « Bhikshuni » (en sanskrit) désigne littéralement « celle qui reçoit l'aumône ». La forme masculine, « Bhikkhu », partage la même racine. Les deux termes soulignent le même principe de dépendance volontaire envers la communauté laïque, sans distinction de genre dans la nature du vœu lui-même.

    À notre époque, les conditions d'ordination d'une nouvelle moniale varient considérablement d'un pays à l'autre. Au Sri Lanka, par exemple, l'ordre des Bhikkhunis avait disparu pendant plusieurs siècles avant d'être restauré progressivement à partir des années 1990. En Thaïlande et en Birmanie, la question reste institutionnellement tendue. En Corée, à Taïwan et dans les traditions sino-bouddhistes, les ordinations féminines n'ont jamais cessé.

    Ce que signifie l'ordination bouddhiste

    Comme dans d'autres traditions religieuses, l'ordination représente le rituel le plus structurant du bouddhisme, comparable en solennité à l'ordination catholique ou orthodoxe. Selon le Dalaï Lama, trois conditions préalables sont nécessaires pour devenir moine ou nonne :

    • Avoir une connaissance solide des enseignements bouddhistes. Avant de s'engager pleinement, l'étudiant doit maîtriser des textes fondamentaux : les enseignements sur les étapes du chemin de l'éveil, connus sous le nom de Lam-Rim, les Quatre Nobles Vérités, et le Noble Sentier Octuple. Plusieurs années d'étude et de pratique sous la direction d'un maître précèdent généralement la demande d'ordination.
    • Avoir un guide spirituel attitré. Chaque apprenti moine ou moniale est accompagné par un maître personnel tout au long de son cheminement : prononciation des vœux laïcs, puis monastiques, pratiques quotidiennes, ajustements sur le chemin.
    • Se préparer concrètement à la vie monastique. Un séjour au sein d'une communauté existante est fortement recommandé avant les vœux définitifs : il permet d'éprouver la réalité de la vie quotidienne dans la Sangha, de recevoir les conseils des anciens, et de vérifier la solidité de son engagement. Ces dernières années, des programmes structurés d'introduction à la vie monastique ont été développés dans plusieurs pays pour accompagner les novices.
    Tissu de robe monastique bouddhiste safran évoquant les vœux de l'ordination bouddhiste
    La robe du moine ou de la moniale matérialise le renoncement aux possessions : seuls les quatre besoins fondamentaux subsistent.

    Les trois étapes du chemin monastique bouddhiste

    La progression vers l'ordination complète s'organise autour de trois étapes intérieures, distinctes des rites externes :

    Étape 1 - Réduire l'attachement à la vie ordinaire : lors de ses derniers vœux, le moine ou la moniale opère une rupture symbolique avec le passé, quelle qu'en soit l'ampleur. Ce détachement n'est pas un rejet du monde, mais une réorientation de l'existence vers la pratique. C'est l'engagement pour la vie dans la communauté monastique.

    Étape 2 - Éliminer l'attachement au samsara : le terme sanskrit « samsara » désigne le cycle des renaissances conditionnées par l'ignorance et le désir. L'apprenti se concentre sur la nature de la souffrance et de l'impermanence, chemin vers la libération. C'est aussi le moment où il ou elle rejoint pleinement la Sangha, la communauté des pratiquants.

    Étape 3 - Éliminer l'auto-chérissement : tout être humain ressent le besoin de se satisfaire et de se protéger. La vie monastique demande de dépasser ce réflexe naturel. Le code de conduite appelé Vinaya interdit aux moines et aux moniales d'exercer toute activité économique permettant de subvenir à des besoins au-delà des quatre nécessaires : nourriture, abri, vêtement, soins de base.

    🗂️ La collection

    Mala Tibétain

    Comme les Bhikkhunis récitaient leurs vœux avec un chapelet de perles, le mala tibétain reste aujourd'hui l'outil de récitation des mantras le plus fidèle à cette tradition monastique.

    57 références

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    La renaissance de l'ordre bouddhiste féminin

    Le statut des Bhikkhunis a longtemps été subordonné à celui des Bhikkhus. Les moniales étaient soumises à huit règles supplémentaires (les « Garudhammas ») qui les plaçaient hiérarchiquement en dessous des moines, même les plus jeunes. Dans certains contextes culturels, on attendait d'elles qu'elles s'inclinent devant tout moine ordonné, qu'elles gèrent les tâches du monastère, et qu'elles sollicitent l'approbation masculine pour leur propre formation spirituelle.

    Une partie des traditions bouddhistes a justifié cette asymétrie par l'idée qu'une naissance féminine témoignerait d'un karma défavorable. Bouddha lui-même ne partageait pas cette vision : sa décision d'ordonner Mahaprajapati Gautami, et avec elle plusieurs centaines de femmes, en est la preuve textuelle la plus directe. Ces ordinations sont documentées dans le Therigatha, recueil de vers attribués aux premières moniales, conservé dans le canon pali.

    Depuis une dizaine d'années, l'ordre des Bhikkhunis connaît un renouveau actif. La moine Dhammananda, première Thaïlandaise ordonnée en Thaïlande au XXIe siècle, rappelle régulièrement que l'ordination de l'ordre bouddhiste féminin vient du Bouddha lui-même, et non d'une invention tardive. Karma Lekshe Tsomo, fondatrice de l'organisation internationale Sakyadhita (« Filles du Bouddha »), joue depuis les années 1980 un rôle central dans la coordination des femmes bouddhistes à l'échelle mondiale, plaidant pour la restauration complète des lignées d'ordination féminines dans toutes les traditions.

    Mala Tibétain Traditionnel
    🙏 La reco de Ananda

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    Le même outil que celui utilisé par les moniales tibétaines pour leurs récitations quotidiennes : 108 perles, une tradition inchangée depuis des siècles.

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    Tara, figure féminine de l'éveil dans le bouddhisme tibétain

    Statuette de Tara, figure féminine vénérée du bouddhisme tibétain
    Tara, dont le nom sanskrit signifie 'celle qui fait traverser', est vénérée dans le bouddhisme tibétain comme une bodhisattva de la compassion active.

    Bouddha Shakyamuni reste le premier être humain à avoir atteint l'éveil complet selon la tradition bouddhiste. Mais au Xe siècle, une figure féminine émerge dans les traditions himalayennes et tibétaines comme bodhisattva à part entière : Tara. Son nom sanskrit signifie littéralement « celle qui fait traverser » ou « étoile de délivrance ». Elle est vénérée comme protectrice de l'humanité, ce qui lui vaut le titre de « mère bouddhiste bienveillante et protectrice ».

    Tara est aussi décrite comme une émanation féminine de la compassion de Siddhartha Gautama. Selon la légende transmise dans le bouddhisme vajrayana, elle aurait refusé de se réincarner sous une forme masculine pour montrer que l'éveil est accessible à tous, quelle que soit la condition de naissance. C'est Bouddha lui-même qui lui aurait donné ce nom, en référence à sa promesse de promouvoir le bien-être de l'humanité sans distinction.

    Dans l'iconographie tibétaine, Tara se décline en vingt-et-une formes distinctes, dont la plus connue est la Tara Verte, associée à la protection active et à la rapidité de l'intervention. La Tara Blanche incarne quant à elle la longévité et la sérénité. Ces représentations font partie des symboles les plus portés dans la tradition tibétaine, aussi bien par les moines que par les pratiquants laïcs.

    "Je veux travailler pour le bien des êtres sous une forme féminine, aussi longtemps que l'espace existera."

    Vœu attribué à Tara dans les textes du bouddhisme vajrayana

    Pourquoi cette histoire compte encore aujourd'hui

    La trajectoire de Mahaprajapati Gautami, des premières Bhikkhunis du Ve siècle avant notre ère jusqu'aux militantes contemporaines de Sakyadhita, trace une ligne continue souvent ignorée dans les récits du bouddhisme. Ce n'est pas une histoire marginale. Les textes canoniques bouddhistes - du Therigatha au Vinaya Pitaka - témoignent que la place des femmes dans la Sangha a été débattue, contestée, réduite, puis progressivement restaurée.

    Comprendre cette histoire, c'est mieux saisir la richesse et les tensions internes d'une tradition spirituelle vieille de vingt-cinq siècles. C'est aussi reconnaître que la première femme moine bouddhiste n'est pas un détail anecdotique : elle est à l'origine d'une lignée toujours vivante, portée aujourd'hui par des milliers de pratiquantes sur tous les continents.

    Mala Tibétain en bois de santal
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    Le bois de santal est utilisé dans les monastères himalayens depuis des siècles pour la récitation des mantras : un lien direct avec la tradition des premières moniales.

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    Questions fréquentes

    Qui était exactement Mahaprajapati Gautami ?+

    Mahaprajapati Gautami était la tante maternelle et mère adoptive de Siddhartha Gautama (le Bouddha historique). Après la mort de sa sœur, elle éleva Siddhartha dès sa naissance. Plusieurs années après l'éveil de Bouddha, elle demanda à rejoindre la Sangha monastique. Elle fut ordonnée au Ve siècle avant notre ère et devint la première Bhikkhuni, fondatrice de l'ordre monastique féminin bouddhiste.

    Que signifie le terme « Bhikkhuni » ?+

    « Bhikkhuni » est le terme pali (« Bhikshuni » en sanskrit) désignant une nonne bouddhiste pleinement ordonnée. Il signifie littéralement « celle qui reçoit l'aumône ». Son équivalent masculin est « Bhikkhu » (moine). L'ordre des Bhikkhunis fut fondé cinq ans après l'ordre masculin, selon les textes du canon pali.

    Pourquoi l'ordre féminin a-t-il disparu dans certains pays ?+

    Dans les traditions Théravâda (Sri Lanka, Thaïlande, Birmanie), l'ordination d'une Bhikkhuni requiert la présence d'un quorum de moniales déjà ordonnées pour transmettre la lignée. Lorsque les dernières Bhikkhunis d'un pays disparaissaient sans avoir formé de successeures, la lignée s'interrompait. C'est ce qui s'est produit au Sri Lanka autour du XIe siècle. La restauration de ces lignées, via des cérémonies faisant appel à des moniales de traditions sino-bouddhistes, fait l'objet de débats canoniques encore actifs.

    Qui est Karma Lekshe Tsomo et quel est son rôle ?+

    Karma Lekshe Tsomo est une moniale bouddhiste américaine, professeure à l'Université de San Diego, et fondatrice de Sakyadhita (littéralement : « Filles du Bouddha »), organisation internationale créée en 1987. Elle milite pour la restauration des lignées d'ordination féminine complète dans toutes les traditions bouddhistes, et coordonne des conférences réunissant des pratiquantes de tous les continents.

    Tara est-elle une divinité ou une figure historique ?+

    Tara est une bodhisattva, c'est-à-dire un être ayant atteint le seuil de l'éveil et ayant choisi de rester accessible aux êtres pour les aider à progresser sur le chemin. Elle n'est pas une figure historique documentée, mais une entité spirituelle centrale du bouddhisme vajrayana (tibétain) et de certaines formes du bouddhisme mahâyâna. Elle se décline en vingt-et-une formes, dont la Tara Verte (protection active) et la Tara Blanche (longévité et paix) sont les plus vénérées.

    Quels textes bouddhistes parlent des premières nonnes ?+

    Le Therigatha (« Versets des Anciennes ») est le texte le plus direct : il rassemble les poèmes attribués aux premières Bhikkhunis, conservés dans le canon pali du Sutta Pitaka. Le Vinaya Pitaka (« Panier de la discipline ») décrit quant à lui les règles d'ordination et les conditions dans lesquelles Mahaprajapati Gautami fut admise. Ces deux textes sont parmi les plus anciens témoignages littéraires de femmes auteurs dans l'histoire mondiale.