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    La Philosophie du Bouddhisme

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    On pourrait dire que l'histoire du bouddhisme a commencé par une perte d'innocence. La philosophie du bouddhisme prend racine dans une question brûlante posée par un homme réel : comment mettre fin à la souffrance ? Siddhartha Gautama, jeune prince du clan Shakya en Inde du Nord, avait été élevé dans une vie d'aisance royale, à l'abri de la misère et de la cruauté du monde au-delà des portes du palais, entouré de plaisirs et de luxe. Puis vint la rencontre fatidique avec la réalité.

    ⭐ À retenir

    • Le bouddhisme naît au VIe siècle avant notre ère avec l'éveil de Siddhartha Gautama sous l'arbre de la Bodhi.
    • Ses fondements philosophiques reposent sur les Quatre Nobles Vérités et le Noble Sentier Octuple.
    • Les Trois Marques de l'Existence (impermanence, non-soi, souffrance) structurent toute la métaphysique bouddhiste.
    • Le bouddhisme est à la fois une philosophie, une éthique et un chemin de pratique concret, pas uniquement une religion.
    • Trois grandes traditions majeures ont émergé : Théravâda, Mahâyâna et Vajrayâna.

    L'origine et les enseignements du bouddhisme

    Dans son propre royaume, non loin de ses jardins, Siddhartha rencontra des gens souffrant de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Ces rencontres, appelées dans la tradition "les quatre signes", l'ébranlèrent profondément. Puis il croisa un ascète renonçant, entièrement dédié à la libération. Le prince entreprit alors le "grand renoncement" : il abandonna sa famille, sa fortune et son trône pour partir chercher la réponse à cette question centrale. "Comment mettre fin à la souffrance ?"

    Il devint un ascète errant, pratiqua les disciplines yogiques et la méditation, étudia avec divers maîtres et atteignit des états de conscience élevés. Pourtant il ne trouva toujours pas ce qu'il cherchait. Il poussa les formes d'ascèse à leurs limites, presque jusqu'à la mort par la famine, le tout sans gain durable. Finalement, il s'assit sous un arbre de Bodhi à Bodhgaya, déterminé à ne pas se relever avant d'avoir acquis l'insight fondamental. Peu de temps après, il atteignit l'illumination et devint le Bouddha : l'Éveillé.

    Il s'était élevé à travers différentes étapes de la conscience méditative, avait perçu toutes ses vies passées, et avait vu directement la nature de l'existence, les causes de la souffrance et le mécanisme de la renaissance. Il s'interrogea d'abord sur l'utilité d'enseigner ces vérités, si subtiles et difficiles à saisir pour autrui.

    Mais il décida finalement qu'au moins certaines personnes seraient capables de comprendre. Plus encore, on pourrait leur montrer le chemin pour y parvenir par elles-mêmes. Il donna son premier sermon à quelques disciples dans le parc aux cerfs d'Isipatana, près de Bénarès (l'actuelle Varanasi), dans ce que la tradition appelle la "mise en mouvement de la roue du Dharma". Il continua ensuite à errer et à enseigner pendant quarante-cinq années, jusqu'à sa mort à l'âge de quatre-vingts ans, à Kushinagar.

    Il était né au VIe siècle avant notre ère, à une époque de grands bouleversements politiques et intellectuels en Inde. Beaucoup rejetaient la religion védique brahmaniste, et de nouveaux courants de pensée avaient émergé, dont les Upanishads. Le Bouddha se positionna largement en dehors de la tradition védique, contestant bon nombre de ses enseignements centraux. Néanmoins, il avait été imprégné de cet environnement culturel, et ses propres enseignements allaient à leur tour influencer des penseurs hindous majeurs comme Shankara, voire laisser des traces dans la Bhagavad Gita.

    Des siècles plus tard, le bouddhisme s'effaça progressivement d'Inde et s'étendit à travers le reste de l'Asie. Aujourd'hui, il compte plus de 500 millions de pratiquants dans le monde. Diverses écoles sont apparues au fil des siècles : le Théravâda (dominant en Asie du Sud-Est), le Mahâyâna (Chine, Japon, Corée) et le Vajrayâna (Tibet, Bhoutan, Mongolie). Le bouddhisme peut être considéré comme une religion, une philosophie, un mode de vie, ou les trois à la fois. Ce qui suit traite principalement du bouddhisme comme système philosophique cohérent.

    💡 Le savais-tu ?

    Le terme "Bouddha" n'est pas un nom propre, mais un titre sanskrit signifiant littéralement "l'Éveillé" ou "celui qui a compris". D'autres éveillés ont existé selon la cosmologie bouddhiste : le Bouddha historique Shakyamuni est celui de notre ère actuelle, mais la tradition Mahâyâna en reconnaît d'innombrables autres à travers le temps et l'espace.

    Mala tibétain en bois tenu dans les mains lors d'une session de méditation bouddhiste
    Le mala accompagne la récitation des mantras, soutenant l'esprit dans sa discipline quotidienne.

    Métaphysique bouddhiste : les Quatre Nobles Vérités

    La principale préoccupation du Bouddha était d'éliminer la souffrance, de trouver un remède à la douleur inhérente à l'existence humaine. À cet égard, il a souvent été comparé à un médecin, et son enseignement à une prescription à la fois psychologique et existentielle. Comme un médecin, il observait les symptômes ; ensuite, il posait un diagnostic ; puis il formulait un pronostic ; enfin, il proposait l'ordonnance.

    Son premier enseignement, les Quatre Nobles Vérités (Cattāri Ariyasaccāni dans le Pali du Sutta Pitaka), suit exactement ce modèle. La première vérité : "la vie est dukkha". Dukkha se traduit par souffrance, insatisfaction, impermanence douloureuse. Ce n'est pas un pessimisme nihiliste, mais un constat lucide : la vie est souvent assaillie de chagrin et de difficultés, et même à son meilleur, elle reste fondamentalement insatisfaisante. Nous voulons toujours plus de bonheur, moins de douleur.

    Ce "vouloir plus" est en soi le nœud du problème. La deuxième noble vérité identifie la cause : le "tanha" (littéralement "soif"), nos envies, nos attachements, notre tendance à saisir le plaisir et à fuir la douleur. La troisième noble vérité apporte une réponse positive : la libération complète de l'attachement et du dukkha est possible. Cette libération s'appelle Nirvana. La quatrième noble vérité indique comment l'atteindre, à travers le Noble Sentier Octuple.

    Les Trois Marques de l'Existence

    Un autre pilier central de la métaphysique bouddhiste est constitué par les Trois Marques de l'Existence (Tilakkhana). La première est Anicca, l'impermanence : tout est transitoire, rien ne persiste dans le temps. Un corps, une pensée, une émotion, une civilisation entière : tout se transforme et s'éteint.

    La seconde est Anatta, le Non-Soi : les êtres humains, et toute l'existence, sont dépourvus d'âme fixe ou de moi permanent. Il n'existe pas de partie éternelle et immuable en nous, à la différence de l'idée hindoue d'Atman ou du concept de Brahman universel. L'idée de soi est vue comme une illusion construite, une illusion qui génère une souffrance considérable. Cette croyance en un soi stable pousse à le protéger, à le nourrir, à le défendre, alors même que rien n'est permanent.

    La troisième marque est Dukkha : toute l'existence, y compris les états méditatifs les plus élevés, demeure une forme d'expérience conditionnée, finalement insatisfaisante. Ces trois marques ne sont pas des affirmations pessimistes sur la vie, mais des outils de diagnostic pour comprendre pourquoi la souffrance persiste et comment s'en libérer.

    Terme pali / sanskrit Traduction Signification philosophique
    Anicca Impermanence Tout phénomène est transitoire, rien n'est fixe
    Anatta Non-Soi Absence de moi permanent, identité comme processus
    Dukkha Souffrance / insatisfaction Nature fondamentalement insatisfaisante de l'existence conditionnée
    Tanha Soif / désir Cause principale de la souffrance selon les Quatre Nobles Vérités
    Nirvana Extinction Cessation du désir et de la renaissance, libération ultime

    Pratityasamutpada : l'origine dépendante, clé de voûte de la pensée bouddhiste

    Les Trois Marques de l'Existence peuvent être considérées comme la base des Quatre Nobles Vérités. Mais elles découlent elles-mêmes d'une théorie encore plus fondamentale : celle de Pratityasamutpada, l'Origine Dépendante, parfois traduite par "co-production conditionnée". Cette théorie affirme que toutes choses sont à la fois causes et effets d'autres choses. Toute existence est conditionnée, rien n'existe de façon indépendante, et il n'y a pas de Première Cause absolue.

    Il est inutile, selon le Bouddha, de spéculer sur la façon dont l'existence a commencé. En revanche, on peut comprendre comment elle se perpétue et comment on peut y mettre fin. C'est le sens de la libération dans le bouddhisme : non pas une fuite vers un ailleurs, mais la cessation du mécanisme qui entretient la souffrance et le cycle des renaissances (samsara).

    Cette causalité est parfois décrite comme une "roue" de douze facteurs interdépendants (Nidana). Parmi eux, deux sont particulièrement ciblés comme points d'intervention : le tanha (attachement ou soif) et l'avidyâ (ignorance). Pour vaincre le désir égoïste, on cultive le cœur à travers la compassion (karuna). Pour dissoudre l'ignorance, on développe l'esprit à travers la sagesse (prajna). Ces deux qualités, compassion et sagesse, sont les vertus jumelles du bouddhisme.

    Les cinq agrégats : qu'est-ce qu'une personne selon le bouddhisme ?

    Si le bouddhisme peut être considéré comme un chemin de développement personnel, la question se pose naturellement : qu'est-ce qu'une personne, si elle n'a ni âme ni moi fixe ? En cohérence avec l'Origine Dépendante, le bouddhisme considère un être humain comme une configuration changeante de cinq facteurs appelés skandhas (ou khandhas en pali).

    Le premier est la forme (rupa) : le corps physique et tous les objets matériels, y compris les organes des sens. Le deuxième est la sensation (vedana) : les cinq sens physiques, plus le mental, qui dans le bouddhisme est traité comme un sixième organe sensoriel. L'esprit perçoit les pensées et les idées de la même façon que l'œil perçoit la lumière.

    Le troisième est la perception (samjna) : la faculté qui reconnaît et catégorise les objets physiques et mentaux. Le quatrième est les formations mentales (samskara) : la volonté, l'attention, les habitudes, les tendances conditionnées. Le cinquième est la conscience (vijnana) : dans le bouddhisme, la conscience n'est pas une substance indépendante mais un processus qui dépend des autres facteurs pour son existence. Il n'y a pas de conscience sans conditions.

    L'identité personnelle n'est donc pas une constante, mais un assemblage éphémère et changeant de ces cinq processus en interaction. L'un des objectifs centraux de la pratique bouddhiste est de percevoir ce processus avec clarté, puis de se libérer de l'illusion qu'il constitue un "soi" stable.

    Roue du Dharma bouddhiste posée sur des textes anciens symbolisant les enseignements du Bouddha
    La roue du Dharma à huit rayons rappelle les étapes du Noble Sentier Octuple.

    Karma et renaissance dans la philosophie bouddhiste

    Ce processus des cinq skandhas ne s'arrête pas à la mort physique. Le bouddhisme reconnaît la renaissance (punarbhava). Mais son explication du mécanisme karmique diffère de celle de l'hindouisme. Sans âme permanente pour "continuer", les cinq skandhas se perpétuent, portés par le karma passé, et donnent naissance à un nouveau complexe d'existence.

    Le karma bouddhiste découle de l'action volontaire et génère des effets dans cette vie ou dans des vies futures. Mais le bouddhisme insiste sur un point précis : ce ne sont pas les résultats de l'action en soi qui créent le karma, mais l'état d'esprit de la personne qui agit. L'intention (cetana) est centrale. Une action mauvaise ou égoïste façonne la personnalité, creuse des ornières dans les habitudes de pensée et d'émotion. Ces schémas habituels, à leur tour, produisent les effets karmiques dans nos vies présentes et futures.

    De nombreuses questions métaphysiques furent posées au Bouddha de son vivant. Il n'y répondit pas toutes. Il évitait délibérément les spéculations abstraites, estimant qu'elles éloignaient du but central : l'élimination de la souffrance. Interrogé sur ce qui arrive à un Arhat (un être pleinement éveillé) après la mort, le Bouddha aurait répondu : "Qu'arrive-t-il aux empreintes des oiseaux dans l'air ?" Nirvana signifie littéralement "extinction" et il compara la mort d'un Arhat à l'extinction d'une flamme quand le carburant (le karma) s'épuise. Ces questions, estimait-il, découlaient d'un faux attachement au soi et détournaient l'attention de l'essentiel.

    Le chemin de la libération : le mode de vie bouddhiste

    type de bouddhisme

    Le Bouddha voulait que sa philosophie soit une philosophie pratique, visant au bonheur de toutes les créatures. Il n'attendait pas que ses auditeurs acceptent ses enseignements par la foi, mais qu'ils en vérifient la justesse par leur propre expérience. Il insistait toujours sur la clarté et la compréhension directe. Pour y parvenir, une vie disciplinée et un engagement sincère s'avèrent nécessaires.

    Le cœur de cet enseignement est le Noble Sentier Octuple (Ariya Atthangika Magga), qui couvre trois domaines : la sagesse (prajna), la conduite éthique (sila), et la discipline mentale (samadhi). Ces huit facteurs ne sont pas des étapes séquentielles : on peut les pratiquer simultanément, car ils se renforcent mutuellement.

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    Les deux premières étapes : sagesse et intention juste

    Les deux premiers facteurs du Noble Sentier Octuple constituent le domaine de la sagesse. La juste compréhension (samma ditthi) est la perception directe de la vraie nature des choses, telle qu'elle est décrite dans les enseignements bouddhistes : les Trois Marques, les Quatre Nobles Vérités, l'Origine Dépendante. Ce n'est pas une simple compréhension intellectuelle, bien que celle-ci constitue un point de départ utile. Il s'agit d'un aperçu direct, d'une pénétration dans la réalité.

    La juste pensée (samma sankappa) est cet état d'esprit désintéressé, détaché et libre de malveillance : une générosité intérieure qui étend la bienveillance aimante (metta) à tous les êtres, sans distinction.

    Les trois étapes suivantes : conduite éthique au quotidien

    Les trois facteurs suivants constituent la conduite éthique (sila). La juste parole (samma vaca) implique de s'abstenir de mensonges, de langage grossier ou malveillant, de commérages et de calomnies. Elle consiste à dire une vérité douce, utile et bienveillante, ou à garder le silence.

    L'action juste (samma kammanta) demande de s'abstenir de tuer, de voler, de conduites sexuelles inappropriées et de toute forme de malhonnêteté. Les cinq préceptes (panca-sila) du bouddhisme découlent directement de ce facteur : ils constituent le cadre éthique de base pour tout pratiquant laïc.

    Le juste moyen de subsistance (samma ajiva) signifie s'abstenir de toute profession qui nuit aux autres : fabrication d'armes, commerce d'animaux destinés à l'abattage, vente d'alcool ou de drogues, trafics divers. La carrière doit aussi permettre de développer ses capacités, de contribuer à une cause commune, et d'assurer les nécessités d'une existence digne sans accumulation ostentatoire.

    Robe safran d'un moine bouddhiste sur les marches d'un temple ancien, symbole du mode de vie bouddhiste
    La vie monastique traduit concrètement les principes du Noble Sentier dans chaque geste quotidien.

    Les trois dernières étapes : discipline mentale et méditation

    Les trois derniers facteurs du Noble Sentier relèvent de la discipline mentale. L'effort juste (samma vayama) est la volonté active de cultiver des états d'esprit sains et d'abandonner les états nuisibles. Ce n'est pas une suppression forcée, mais un travail patient d'orientation de l'attention.

    La pleine conscience (samma sati) consiste à être pleinement conscient des processus de la vie quotidienne : ceux du corps, des sensations, de l'esprit et des phénomènes mentaux. Elle se pratique notamment dans le vipassana (méditation d'insight), à travers des techniques comme l'observation de la respiration et des sensations corporelles. Cette pratique constitue aujourd'hui l'une des approches méditatives les plus répandues dans le monde occidental.

    La juste concentration (samma samadhi) désigne les stades progressifs du dhyana (samadhi), terme qui se rapproche de ce qu'on appelle méditation dans les traditions hindoues. Dans cette discipline, l'esprit est graduellement libéré des désirs passionnels, puis des pensées discursives, et enfin des sentiments de joie, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la conscience pure dans un état de calme et d'équanimité parfaits.

    Les quatre amis et les cinq obstacles sur le chemin

    D'autres enseignements décrivent les qualités du cœur qui soutiennent ou entravent la progression. Les quatre amis (brahmavihara, ou "demeures divines") sont : l'amour bienveillant (metta), la compassion (karuna), la joie sympathique (mudita) et l'équanimité (upekkha). L'amour bienveillant est l'amour universel pour tous les êtres, sans discrimination. La compassion est la capacité de ressentir la souffrance des autres. La joie sympathique est le plaisir sincère pris au bonheur d'autrui. L'équanimité est une acceptation calme de tout ce qui survient, fondée sur la compréhension de l'impermanence.

    Les cinq obstacles (nivarana) sont à l'inverse : le désir sensuel, la malveillance, la paresse et la torpeur, l'agitation et l'inquiétude, et le doute sceptique. Tout pratiquant les rencontre, sans exception. L'enjeu n'est pas de les réprimer, mais de les reconnaître clairement pour en affaiblir progressivement l'emprise.

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    Les enseignements sociaux et politiques du Bouddha

    Les enseignements du Bouddha sur l'éthique s'étendaient bien au-delà de la vie intérieure. Sur le plan social, il était en avance sur son temps à plusieurs égards. Il rejetait catégoriquement le système des castes, considérant tous les êtres comme fondamentalement égaux. Il encourageait ouvertement les femmes à devenir étudiantes et enseignantes, créant l'un des premiers ordres monastiques féminins de l'histoire indienne (le Bhikkhuni Sangha).

    Il enseigna que les gouvernements avaient la responsabilité de donner l'exemple éthique, d'éliminer la pauvreté en offrant aux gens les conditions d'une vie digne. Il s'opposait clairement à toute forme de guerre, affirmant que la violence ne peut jamais créer une sécurité durable. C'est en partie pour cette raison que le bouddhisme est remarquable parmi les grandes traditions mondiales : ses adeptes n'ont historiquement jamais tenté de répandre leurs croyances par la force.

    L'exemple le plus frappant reste celui de l'empereur Ashoka (Ire au IIIe siècle avant notre ère), qui, après une campagne militaire particulièrement sanglante contre le Kalinga, se convertit au bouddhisme, renonça à la guerre et fit graver ses édits de gouvernance éthique bouddhiste sur des rochers et des colonnes à travers tout son empire. Ses édits, conservés jusqu'à aujourd'hui, constituent l'un des premiers documents politiques fondés sur la non-violence et la tolérance religieuse.

    Le bouddhisme comme épistémologie : comment sait-on que c'est vrai ?

    Si l'on considère le chemin bouddhiste comme une philosophie, une question épistémologique s'impose : ces affirmations sur la nature de l'existence sont-elles vérifiables ? Le Bouddha lui-même n'a jamais demandé à personne d'accepter des assertions non prouvées par la foi aveugle. Il soutenait que ses enseignements pouvaient être vérifiés par la perspicacité directe et le raisonnement rigoureux, par toute personne disposée à suivre le chemin de l'autodiscipline.

    Partant de quelques hypothèses fondamentales, telles que l'impermanence et l'Origine Dépendante, il dériva un système complexe et cohérent de philosophie qui a traversé vingt-cinq siècles avec une remarquable robustesse intellectuelle. Des penseurs comme Nagarjuna (fondateur du Madhyamaka, IIe siècle), Vasubandhu (Abhidharmakosha, IVe siècle) ou Chandrakirti ont validé et approfondi ces enseignements avec une rigueur qui n'a rien à envier aux grandes traditions philosophiques occidentales.

    "Ne croyez pas quelque chose simplement parce que vous l'avez entendu dire. Ne croyez pas quelque chose simplement parce que tout le monde le croit. Ne croyez pas quelque chose parce que c'est écrit dans vos livres religieux. Mais croyez ce que vous avez vous-même testé et jugé être juste et bon."

    Attribué au Bouddha, Kalama Sutta (Anguttara Nikaya, Sutta Pitaka)

    De cette façon, l'enseignement bouddhiste est lui-même devenu un processus interactif et évolutif, en accord avec son propre principe de pratityasamutpada. L'objectif final reste pourtant le Nirvana : une expérience qui dépasse tous les concepts et tous les langages, y compris les enseignements bouddhistes eux-mêmes. En fin de compte, même l'attachement au Dharma doit être abandonné comme tout autre attachement. La tradition compare l'enseignement à un radeau pour traverser une rivière rapide. Une fois sur l'autre rive, inutile de porter le radeau. Cette rive lointaine est le Nirvana. Et l'on dit que quand on y arrive, on voit très clairement qu'il n'y a jamais eu de rivière.

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    Questions fréquentes sur la philosophie du bouddhisme

    Le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?+

    Les deux réponses sont défendables. Le bouddhisme possède des rituels, des textes sacrés, un clergé monastique et une cosmologie, ce qui le rapproche d'une religion. Mais il n'exige pas la croyance en un dieu créateur, fonde ses affirmations sur la vérification personnelle et propose un système éthique et métaphysique rigoureusement argumenté, ce qui en fait également une philosophie. La plupart des chercheurs contemporains le décrivent comme un "système philosophico-religieux".

    Quelle est la différence entre Théravâda, Mahâyâna et Vajrayâna ?+

    Le Théravâda ("doctrine des anciens") s'appuie sur le canon pali et insiste sur le parcours individuel vers l'éveil. Dominant en Thaïlande, au Sri Lanka, en Birmanie. Le Mahâyâna ("grand véhicule") élargit l'idéal de libération à tous les êtres via le Bodhisattva, et s'est développé en Chine, au Japon et en Corée. Le Vajrayâna ("véhicule de diamant"), dominant au Tibet, intègre des pratiques tantriques et une relation forte avec un maître qualifié (lama).

    Qu'est-ce que le Nirvana exactement ?+

    Nirvana signifie littéralement "extinction" en sanskrit. Il désigne la cessation complète du désir, de l'ignorance et de la haine, les trois "poisons" de l'esprit. Ce n'est pas un paradis ni un néant : le Bouddha a délibérément refusé de le décrire positivement, estimant que tout concept humain le trahirait. L'Arhat (Théravâda) ou le Bouddha (Mahâyâna) qui atteint le Nirvana à la mort échappe au cycle des renaissances (samsara).

    Peut-on pratiquer le bouddhisme sans être bouddhiste ?+

    Oui. Le Bouddha lui-même encourageait ses auditeurs à tester ses enseignements par eux-mêmes, sans conversion préalable (voir le Kalama Sutta). La méditation vipassana, le travail sur la pleine conscience, la pratique de la compassion ou l'étude des Quatre Nobles Vérités sont accessibles indépendamment de toute appartenance religieuse formelle.

    Quels textes bouddhistes faut-il lire pour commencer ?+

    Pour le Théravâda, le Dhammapada (recueil de versets du Sutta Pitaka) est l'un des textes les plus accessibles. Pour une introduction générale, "Le Cœur des enseignements du Bouddha" de Thich Nhat Hanh est une référence pédagogique solide. Pour le Vajrayâna tibétain, le Bardo Thödol (Livre des Morts Tibétain) offre une perspective fascinante sur la mort et la conscience, bien qu'il soit plus spécialisé. Notre collection de livres sur le bouddhisme propose aussi plusieurs entrées adaptées aux débutants francophones.

    Quel est le rôle du mala dans la pratique bouddhiste ?+

    Le mala (japa-mala en sanskrit) est un chapelet de 108 perles utilisé pour compter les répétitions d'un mantra ou d'une récitation. Le chiffre 108 est symbolique dans plusieurs traditions : il représente notamment les 108 désirs à surmonter dans certaines lectures bouddhistes. Dans la pratique tibétaine, le mala est un support concret pour la juste concentration (samma samadhi) du Noble Sentier. Nos malas tibétains sont fabriqués selon les traditions artisanales himalayennes.